La zone euro fait le strict nécessaire pour muscler ses pare-feu
Il y a les chiffres annoncés pour frapper les esprits: 800 milliards d’euros pour les pare-feu européens, soit, en dollars, plus que le seuil psychologique des 1.000 milliards. Et puis il y a la réalité de l’accord trouvé vendredi à Copenhague par les ministres des Finances de la zone euro. A aucun moment, la nouvelle puissance de feu combinée du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne dépassera 500 milliards d’euros.
Pour arriver à 800 milliards, les gouvernements comptabilisent les quelque 200 milliards déjà prêtés par le FESF, ainsi que 53 milliards de prêts bilatéraux à la Grèce et les 49 milliards engagés par le Mécanisme européen de stabilité financière, une émanation de la Commission européenne.
Les grands argentiers européens ont en fait corrigé le défaut originel du MES, dont l’entrée en vigueur a été avancée d’un an à juillet 2012. En théorie, ce mécanisme permanent peut débloquer 500 milliards d’euros. Mais en pratique, il doit afficher un capital représentant au moins 15% de ses encours. Un capital de 80 milliards d’euros qui devait être libéré en cinq tranches annuelles de 16 milliards, rendant la montée en puissance très progressive.
Les ministres des Finances sont convenus vendredi d’accélérer le processus. Deux tranches de capital seront versées en juillet et en octobre 2012. A cette date, avec 32 milliards de capital, le MES pourra donc mobiliser jusqu’à 210 milliards. Pour l’épauler, le FESF pourra s’engager dans de nouveaux programmes d’aides d’ici à mi-2013: il lui reste 240 milliards d’euros, ce qui porterait la capacité de prêts nouvelle des deux entités à 450 milliards en cas de besoin. Puis, avec deux tranches de capital versées en 2013, et la dernière en 2014, le MES atteindra enfin la plénitude de ses moyens à 500 milliards. Le FESF, lui, gérera ses encours en extinction.
«Si l’on considère que le pare-feu doit couvrir les besoins de financement de l’Espagne et de l’Italie sur le reste de 2012 et l’an prochain, on en arriverait à un besoin total de 517 milliards, calcule Gizem Kara, économiste chez BNP Paribas. Les gouvernements de la zone euro ont donc opté pour le minimum nécessaire». Reste à savoir si cet effort limité, qui épouse les thèses de Berlin, convaincra les partenaires de l’Union européenne au G20 et au FMI de lui apporter leur aide en cas de problème.
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