La version de Jérôme Kerviel est accablante pour la Société Générale
Devant les policiers qui l’interrogeaient sur ses agissements à la Société Générale, le trader Jérôme Kerviel a livré sa version des faits. Des déclarations qui, si elles sont confirmées, se révèleraient accablantes pour la banque. Car la déposition du trader, dont des extraits ont été publiés par les sites lemonde.fr et mediapart.fr, fait porter sur sa hiérarchie une partie du poids du désastre.
Jérôme Kerviel avait bien un mobile : réaliser des profits auxquels il était intéressé via ses bonus. « Avant toute chose j’ai en tête de faire gagner de l’argent à ma banque », indique-t-il. La première grosse transaction ayant suivi le modus operandi frauduleux, des paris sur le Dax avec des couvertures fictives, lui permet d’engranger un profit début 2007. La pelote ne va cesser d’enfler, l’opérateur misant sur la baisse des marchés. « Sur le second semestre, j’ai généré du cash comme jamais je ne l’ai fait. En novembre 2007, voyant que c'était juteux, j’ai également pris des positions à partir d’autres automates de collègues en même temps et ce au vu et au su de tous », souligne le trader. « Je ne peux croire que ma hiérarchie n’avait pas conscience des montants que j’engageais, il est impossible de générer de tels profits avec de petites positions. Ce qui m’amène à dire que lorsque je suis en positif, ma hiérarchie ferme les yeux sur les modalités et les volumes engagés », ajoute-t-il. Ces paris gagnants lui permettent de s’assurer une promesse de bonus de 300.000 euros pour 2007.
Les profits potentiels deviennent cependant tellement énormes que Jérôme Kerviel n’ose plus les réaliser. «Les allers-retours génèrent beaucoup de cash. Au 31 décembre 2007, mon matelas est monté à 1,4 milliard d’euros toujours pas déclarés à la banque. A ce stade, je suis dépassé par l'événement (…) Donc j’ai décidé de ne pas déclarer à la banque et pour occulter cette somme, passer une opération fictive inverse. En passant plusieurs opérations fictives qui apparaissent perdantes à hauteur de 1,4 milliard d’euros », explique-t-il. Une stratégie perdante qu’un dirigeant de la Société Générale a déjà décrite à L’Agefi le 24 janvier. « Les techniques que j’ai utilisées ne sont pas sophistiquées du tout, à mon sens, tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ces opérations », précise encore Jérôme Kerviel.
« Après avoir triché, monsieur Kerviel ment », a répliqué l’avocat de la banque, Maître Jean Veil, au micro de France Info.
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