La Turquie paye le prix d’un assouplissement monétaire prématuré

La livre turque a lourdement chuté cette année pour battre de nouveaux records de faiblesse, alors que l’inflation a fortement rebondi en mars.
Patrick Aussannaire

Les vieux démons de la Turquie refont surface. La livre turque a battu de nouveaux records de faiblesse hier et affiche désormais la plus mauvaise performance contre dollar depuis le début de l’année parmi les 24 devises émergentes suivies par Bloomberg. «La livre est la devise émergente la plus vulnérable dans un environnement de hausse du dollar, liée à un resserrement de taux de la Fed prévu cette année, et de dépendance aux flux de capitaux de court terme. Ceux-ci se renversent rapidement sous l’effet d’une pression extérieure négative et d’une dégradation des fondamentaux économiques domestiques», estime SG CIB.

La perspective des élections qui se tiendront dans le pays au mois de juin a fait chuter la devise de 5,3% depuis deux semaines, portant sa dépréciation à 16% depuis le début de l’année, avec une hausse parallèle de la volatilité implicite à un mois de 3,2 points cette semaine, à 16,7%. Elle a même reculé de 3,5% contre euro depuis le début du mois, avec une hausse de la volatilité de 2,5 points à 14,2%. «L’interférence continue du gouvernement dans les décisions de la banque centrale (CBRT) et leurs désaccords sur la meilleure stratégie économique à adopter pour soutenir la croissance sont à l’origine de la chute de la livre», explique SG CIB.

Ces tensions ont amené BNP Paribas à tabler sur un statu quo de la CBRT à sa réunion du 22 avril, alors qu’elle prévoyait une baisse de 25 pb auparavant. D’autant que l’inflation est remontée à 7,6% en mars, avec un fort rebond de l’inflation sous-jacente de 5,4% en février à 6,1%. Si BNP Paribas anticipe un retour à 7,2% fin 2015, la hausse continue des prix alimentaires menace de la faire grimper au-dessus des 8%. Compte tenu de la faiblesse des réserves de change qui ont fondu de moitié depuis 2011 à 36,5 milliards de dollars, «les taux sont la seule arme à disposition de la CBRT pour défendre la livre», estime BNP Paribas.

Si la CBRT a baissé à nouveau le taux repo à une semaine de 50 pb en janvier à 7,50%, elle a dû maintenir ses taux monétaires à un niveau proche de la borne haute de leur fourchette de fluctuation de 10,75% malgré l’affaiblissement des perspectives économiques. Le rendement des obligations d’Etat en devise locale à 2 ans s’est tendu de 250 pb depuis fin janvier pour dépasser les 9% pour la première fois depuis octobre, alors que celui des titres en dollars est resté stable à 2,32%.

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