La Turquie brûle ses réserves de change pour défendre sa monnaie
La banque centrale turque est une nouvelle fois contrainte de venir éteindre l’incendie allumé par les autorités politiques du pays. Mardi, le gouverneur de l’autorité, Erdem Basci, a confirmé son intention de poursuivre ses interventions sur le marché des changes afin de soutenir la livre turque. «Nous allons vendre au moins 450 millions de dollars par le biais de nos adjudications quotidiennes jusqu’à la fin du mois de décembre.» Les ventes totales de billets verts devraient ainsi atteindre au moins 3 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année. Une politique qui sera poursuivie au mois de janvier à hauteur de 100 millions de dollars par jour. «La livre turque est clairement en zone de survente», s’est justifié Erdem Basci.
La devise reprenait 0,6% contre dollar et 0,9% contre euro à la suite de cette intervention verbale. La veille, elle était tombée à son plus faible niveau historique face aux deux principales devises sur fond de soupçons de corruption pesant sur le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et de lancement officiel la semaine dernière du tapering de la Fed. Le taux à 2 ans dépassait lundi la barre des 10%, alors que le niveau des CDS à 5 ans s’envolait pour atteindre 221pb.
La banque centrale turque avait utilisé cet été 15 milliards de dollars de réserves pour tenter d’enrayer les tensions sur le marché des changes et réussi, depuis septembre, à maintenir la parité de la livre entre 1,96 et 2,05 contre dollar. Depuis mai dernier, la devise a néanmoins dévissé de plus de 16% contre le billet vert et même de près de 22% contre la monnaie unique européenne.
«La banque centrale n’a pas suffisamment de réserves pour lutter contre les marchés», estime Christian Lawrence, stratégiste change chez Rabobank. Les réserves de change turques se montaient à 115 milliards de dollars mi-décembre selon Bloomberg, contre 480 milliards en Russie, 375 milliards au Brésil et 176 milliards au Mexique.
Il s’agit pourtant d’un enjeu majeur pour le pays qui doit faire face à un important déficit courant et à une hausse de l’inflation à 7,3%. La banque centrale a laissé son taux directeur inchangé à 4,5% lors de sa dernière réunion. «Une manière de faire baisser la volatilité des changes est de restaurer une prime de risque en augmentant les taux d’intérêt. Une hausse du coût du portage découragerait les positions vendeuses sur la livre», estime HSBC.
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