La taxe Tobin inquiète la Place de Paris
Comme si la résolution de la crise des dettes en zone euro ne leur suffisait pas, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel devraient parler de taxe sur les transactions financières lors du mini-sommet franco-allemand qui se tient aujourd’hui à Berlin. Mais le possible cavalier seul de la France, qui veut accélérer la cadence sur cette «taxe Tobin» et se poser en exemple pour d’évidentes raisons électorales, n’est pas du goût de ses partenaires européens. Et encore moins des banques françaises, qui pointent du doigt le risque de transferts d’activités.
«Des décisions seront prises avant la fin du mois de janvier pour ce qui concerne la France, a déclaré vendredi Henri Guaino, le conseiller spécial du président. Paris accélère ainsi la cadence avant le sommet européen des chefs d’Etat prévu le 30 janvier à Bruxelles. Un projet de loi pourrait être déposé en février, a précisé hier Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement. «Ce n’est pas parce que les financiers disent ‘non, on ne veut pas être taxés’ qu’on va les écouter», a-t-il ajouté.
Berlin et Rome ont tempéré dès vendredi les ardeurs du gouvernement français. Si le Premier ministre italien Mario Monti s’est déclaré favorable sur le principe, il a jugé «nécessaire que les différents pays n’aillent pas en solitaire dans l’application de cette taxe». A Berlin, le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert, a rappelé que la mesure était «souhaitable» au niveau mondial. «Ce n’est pour l’instant pas possible, donc l’objectif est de parvenir à l’introduction d’une taxe sur les transactions financières dans l’Union européenne». Mais le Premier ministre britannique David Cameron a prévenu hier que sans accord mondial, il «bloquera» toute taxe limitée à l’Union européenne.
La Commission européenne a présenté, fin septembre, une proposition de taxe qui abonderait son budget à partir de 2014 à hauteur d’une cinquantaine de milliards d’euros par an. Le taux retenu serait de 0,1% sur les actions et les obligations et de 0,01% sur les autres produits. Paris et Berlin sont censés, eux, présenter une contribution franco-allemande sur la question. De nombreux points – l’assiette, les taux, le traitement des produits dérivés – restent à trancher. Bruxelles espère pour sa part «de bons progrès dans la première moitié de 2012».
Les banques françaises ont recommencé en tous cas à donner de la voix face au risque d’une adoption à la va-vite. «Cette taxe n’a de sens qu’au niveau mondial, a affirmé Baudouin Prot, le président de BNP Paribas. Je suis opposé à cette taxe sur une base isolée car elle ne peut créer pour la zone économique limitée qui (l’) adoptera qu’un facteur de délocalisation et de non-compétitivité». Sans compter qu’un transfert d’activités réduirait l’assiette et donc le produit de cette nouvelle contribution.
Le discours est le même du côté de la Fédération bancaire française, où l’on rappelle que la Suède avait instauré une taxe de ce type dans les années 90 avant de faire machine arrière. Pour Paris Europlace, «la mise en place de cette taxe, qui représenterait un coût très lourd pour les banques françaises, les sociétés de gestion, comme pour les sociétés d’assurance (...) alourdirait les conditions de financement de nos entreprises (...) et entraînerait une perte de substance de la place financière de Paris», résume Paris Europlace. David Cameron pense sans doute la même chose: «Si les Français veulent aller de l’avant avec une taxe sur les transactions financières dans leur pays, ils devraient être libres de le faire». Ce qui comblerait la City.
Plus d'articles du même thème
-
Bpifrance innove avec les premières obligations ESN dédiées aux PME
La banque publique a réussi le 9 juin une émission inaugurale stratégique d’«European Secured Note» (ESN). Ce programme-test pourrait ouvrir une nouvelle voie dans le financement des PME, si important pour la Commission européenne dans le cadre de l’Union des marchés de capitaux. -
La correction sur la tech s’amplifie
Le Nasdaq a poursuivi sa baisse mardi tandis que la Bourse de Séoul a chuté de 10%, affectée par les ventes massives des particuliers qui investissent avec du levier. -
L’Europe a tous les atouts pour affirmer sa souveraineté économique
Le cabinet d’intelligence économique Vélite invite à passer à l’action. La coopération européenne et le développement d’une souveraineté numérique française constituent des axes clés. -
GP Score nomme un directeur des relations avec les gérants francophones
Le spécialiste de l'évaluation des capacités opérationnelles des gérants de private equity accueille Arthur Derderian pour développer ses relations en France et dans les pays francophones. -
L'euro numérique passe son baptême du feu au Parlement européen
Après un report d'un mois, la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a voté en faveur de l'euro numérique. -
EssilorLuxottica et Meta veulent démocratiser les lunettes intelligentes
Les deux groupes ont annoncé le lancement d'une nouvelle gamme, les Meta Glasses, pour tenter d'élargir leur clientèle pour ce type de produits.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- L'AFG propose d'introduire une dose de capitalisation dans les retraites complémentaires du privé
- Le programme Tibi 3 vise 15 milliards d'euros d'investissements dans la tech
- La justice française rejette la restitution de retenues à la source sur dividendes pour des « pools » de fonds
- La Caisse des dépôts investit dans un fonds monétaire Ucits tokenisé
- AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
Contenu de nos partenaires
-
Sur le filCorse : la France insoumise offre une victoire décisive aux autonomistes
Octroyant un statut d’autonomie à l’île, le projet de révision constitutionnelle défendu par le gouvernement a été approuvé par les députés. Le plus dur reste à venir pour le camp des autonomistes -
L'été meurtrierCongé climatique, virage sur la clim… l'idéologie des Verts à l'épreuve de la canicule
Les fortes chaleurs ont poussé Marine Tondelier, la leader des Ecologistes, à revoir certains dogmes sur l’adaptation au réchauffement climatique. Manifestement pas son rapport à la valeur travail. -
Récit nationalLe message caché de Macron derrière ses panthéonisations
Chaque entrée au Panthéon donne l'occasion au chef de l'Etat de s'adresser au pays pour écrire le récit national d'une Ve République héritière de la Résistance, des Lumières et de l'universalisme