La saison des bonus révèle la morosité régnant à Wall Street

Les banques américaines récompensent leurs salariés hors des Etats-Unis. Le secteur a versé cette année 33,2 milliards de dollars de bonus à New York
Benoît Menou

Les salariés new-yorkais des établissements financiers font grise mine. Selon l’estimation du comptroller Thomas DiNapoli, en charge de la surveillance des finances publiques de l’Etat de New York, le bonus moyen y a enregistré cette année un repli de 4,7 %, à 180.420 dollars, après le record atteint il y a un an.

Une baisse qui pourra apparaître modérée, de l’aveu même du contrôleur, au regard de la tempête sévissant sur les bénéfices des banques américaines, auxquels il voue une attention particulière puisque le secteur financier contribue à hauteur de 20 % environ à ses recettes fiscales. La baisse observée sur le volume total des rémunérations variables est moindre, de 2 % à 33,2 milliards de dollars, reflétant l’embauche de 9.600 personnes en 2007 à fin novembre. La responsable du budget de l’Etat, Laura Anglin, a de son côté évoqué une réduction à 40 %, au lieu de 50 % en 2006, de la part des bonus versés en espèces, contre 60 % désormais en titres.

« L’avenir n’est pas si rose » cependant aux yeux de Thomas DiNapoli, pour qui les pertes engrangées par les banques au second semestre 2007 constituent « une indication claire » que la collecte fiscale 2008 subira une détérioration.

Pour autant, même en ces temps délicats pour les résultats, il ne s’agit pas de sacrifier trop ostensiblement les bonus, tant ils constituent un gage de fidélité des salariés. Le contrôleur de New York rappelle que de ce fait le montant des bonus a toujours décliné à une allure plus faible que celle des bénéfices. Il constate de plus des niveaux de bonus inédits dans les départements de fusions-acquisitions ou de trading.

Mais la question des bonus des banques américaines mérite un autre angle de vue, Thomas DiNapoli ne scrutant que le sort des salariés basés à New York. Ainsi, des données rassemblées par Bloomberg font état d’une progression des sommes versées à l’ensemble des salariés dans le monde des cinq principales banques de Wall Street, à plus de 39 milliards de dollars contre 36 milliards consentis il y a un an. La hausse observée récompense ainsi essentiellement la croissance de l’activité hors des Etats-Unis, qui a représenté l’an dernier plus de la moitié des bénéfices de Lehman Brothers et Goldman Sachs.

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