La Russie semble filer tout droit vers la catégorie spéculative

Fitch a dégradé la note russe à «BBB- » en conservant une perspective négative, alors que les décisions de S&P et Moody’s sont attendues d’ici à avril.
Patrick Aussannaire

La Russie risque de passer en catégorie spéculative. Fitch a pris acte de la détérioration des perspectives d’activité en Russie en abaissant d’un cran la note de la dette russe à «BBB- », tout en conservant une perspective négative. Le pays est également sous la menace de S&P, qui a placé fin décembre sa note «BBB-» sous surveillance négative, et de Moody’s, avec une note «Baa2» sous perspective négative.

Si S&P doit revoir sa note le 17 avril et Moody’s n’a pas fixé de date officielle, «il faut s’attendre en début d’année non pas à une dégradation mais à plusieurs, car la chute des ratings est en général une mécanique auto-réalisatrice», estime le Crédit Agricole.

Fitch table désormais sur une contraction du PIB russe de 4% cette année avec un retour à la croissance en 2017, du fait de l’effet cumulé de la baisse des prix du pétrole, de la dépréciation du rouble et de la hausse des taux directeurs à 17%. Cette prévision reposant sur un prix moyen du baril de 70 dollars, la récession pourrait même être plus sévère s’il se maintenait sous ce seuil. Le cours du Brent est tombé hier à 48,8 dollars, alors que le rouble, qui s’était repris après son plus bas de 67,92 mi-décembre contre dollar, est reparti à la baisse avec une chute de 20% depuis le 25 décembre.

Les interventions sur le marché des changes pour enrayer la chute du rouble estimées à 76 milliards de dollars sur 2014 et à 12 milliards sur le seul mois de décembre ont fait fondre les réserves à 390 milliards. Fitch estime que l’excédent courant devrait certes progresser cette année à 72 milliards, mais restera insuffisant pour absorber les 130 milliards de fuites de capitaux anticipées. Avec un ratio de réserves sur la masse monétaire M2 stable à 65% et des réserves internationales qui couvrent 200% de sa dette à court terme, «l’économie devrait être capable d’éponger des sorties de capitaux» à court terme, estime néanmoins SG CIB.

Malgré une inflation qui a atteint 11,4% le mois dernier et un resserrement des taux directeurs de 700 pb, la hausse du rendement des obligations russes à 10 ans libellées en dollar a été limitée à 115 pb depuis début décembre à 7,15%. «Avec un spread moyen de 540 pb, et pas de risque de défaut à court ou moyen terme, le risque de crédit à moyen terme est déjà dans les cours, et le risque de vente forcée suite à une dégradation nous paraît limité», explique SG CIB.

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