La Russie aura du mal à éviter la spirale de la crise
La Russie est en crise. Le ministre des finances Anton Siluanov a annoncé hier que le pays tiendra sa première enchère de dépôts en devises étrangères dès le début du mois prochain. Si les volumes en jeu et les critères de participation des banques n’ont pas encore été définis, cette mesure vise à fournir aux banques les liquidités nécessaires pour combler les besoins de financement en devises étrangères des sociétés russes, qui feront face à des tombées de 54,7 milliards de dollars d’ici trois mois alors que les sanctions occidentales leur ferment l’accès aux marchés internationaux. Le gouvernement sera appuyé par la banque centrale (CBR) qui conduira des opérations repo en dollars à un ou trois ans.
«Une partie du marché anticipe désormais que les sanctions qui contraignent la liquidité des plus grosses banques russes soient durables, et que le pays reste coupé pour un an ou deux de l’accès aux financements à long terme sur les marchés occidentaux», précise le Crédit Agricole. Malgré les interventions de la CBR sur le marché des changes, d’un montant de 13 milliards de dollars depuis le début du mois, le rouble a chuté de 22% depuis fin juin et touché les bornes de fluctuation contre dollar pourtant à nouveau élargies, avec 85 milliards de fuites de capitaux depuis le début de l’année.
Une situation exacerbée par la dégradation d’un cran à «Baa2» et le maintien sous perspective négative de la note souveraine russe par Moody’s. S&P, qui l’a déjà dégradée à «BBB-», doit rendre son verdict demain. «Toute nouvelle dégradation propulsera la Russie en catégorie spéculative et accentuera les fuites de capitaux et la dépréciation du rouble», alerte BNP Paribas. Or, ces tensions ont déjà contribué à porter le taux d’inflation à 8%. Un niveau supérieur de 300 pb à l’objectif de la CBR qui a pourtant resserré ses taux directeurs de 250 pb au total depuis le début de l’année, pour les ramener à 8%.
Hier, le vice-président de la CBR, Sergei Shvetsov, a même indiqué que l’autorité «sera contrainte d’envisager sérieusement de relever encore les taux d’intérêts» pour lutter contre la chute du rouble, malgré les risques croissants de récession pesant sur l’économie. BNP Paribas estime en outre que toute baisse du prix du pétrole de 10% menace non seulement le budget et l’excédent externe du pays mais lui retire également 0,6 point de croissance, attendue à seulement 0,2% cette année et 0,5% en 2015 par le FMI.
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