La retraite d’Europe des grands fonds nourrit la baisse de l’euro
L’euro est tombé sous 1,25 dollar hier. Craignant l’aggravation de la crise, les gérants rapatrient un peu plus leurs fonds vers les Etats-Unis
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Olivier Pinaud
Au moins les grands exportateurs européens peuvent se réjouir. L’euro a atteint hier son plus bas niveau face au dollar depuis début 2010. En séance, la monnaie unique européenne est tombée jusqu’à 1,2461 dollar. Depuis le début du mois de mai 2012, l’euro a chuté de plus de 5% par rapport au billet vert. Et par rapport à son plus haut annuel de février dernier, le plongeon dépasse les 7%.
Alimentée par les crises économique et politique en Grèce, ainsi que par la menace que fait peser la fragilité du secteur bancaire espagnol, la chute de la monnaie européenne reflète clairement la méfiance des investisseurs internationaux pour la zone euro. Récemment, plusieurs dirigeants de grands gérants, et pas seulement anglo-saxons, ont publiquement fait part de leur retraite partielle voire totale d’Europe. Le gérant américain Merk, spécialisé dans les devises, a ainsi annoncé avoir cédé l’intégralité des avoirs en euro de son fonds Merk Hard Currency, afin de privilégier par exemple le dollar singapourien. D’autres, comme Amundi, reconnaissent une extrême sélectivité, sans pour autant sortir des principaux marchés européens comme l’Allemagne, la France ou l’Italie.
Cette retraite de la zone euro a logiquement profité aux actifs jugés plus sûrs. Les flux vers les fonds américains ont particulièrement gonflé ces derniers jours. Selon les statistiques d’EPFR Global, les fonds monétaires américains ont récolté 11,45 milliards de dollars lors de la semaine achevée le 23 mai, deux fois plus que lors de la période de sept jours précédente.
Or, alors que les money market funds (MMF) comptaient autrefois parmi les principaux bailleurs de fonds des banques européennes, il est fort probable qu’ils n’utiliseront pas ces ressources supplémentaires pour acheter de la dette libellée en euro. La semaine dernière, l’agence de notation Fitch indiquait que les MMF avaient réduit en un an de 63% leur exposition à la zone euro. Inversement, dans le même temps, leur exposition à la dette souveraine américaine a augmenté de 68%.
Hier, la Banque nationale suisse a indiqué que les banques du pays ont déposé 16,7 milliards de francs suisses à son guichet la semaine dernière, portant à plus de 171 milliards de francs suisses (145 milliards d’euros) leurs dépôts. Un record depuis le mois de janvier.
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