La restructuration de Caesars met en lumière le rôle ambigu des porteurs de CDS
L’International Swaps and Derivatives Association (Isda), l’organisation qui établit les règles de fonctionnement du marché des dérivés et notamment des CDS (credit default swaps), est à nouveau confrontée à une affaire délicate. Au point que son comité de détermination (Determination Committee) a décidé d’avoir recours à un groupe d’arbitres extérieurs pour établir s’il y a bien eu un événement de crédit sur certains titres d’une filiale de Caesars Entertainment, l’exploitant américain de casinos à Las Vegas, en pleine restructuration financière.
Cette procédure, qui n’a pas été utilisée depuis six ans selon Reuters, met en lumière la position ambiguë de certains acheteurs de CDS, ces contrats qui offrent une protection financière contre le risque de défaut d’une entreprise. Le fonds Elliott Management, fondé par Paul Singer, qui est l’un des principaux porteurs obligataires de Caesars Entertainment, a déjà été accusé par la société d’encourager sa mise en faillite. Acquise par TPG Capital et Apollo Global Management en 2008 et lourdement endettée, l’entreprise a initié un procès cet été contre Elliott Management, arguant que ses achats de CDS le mettait en situation de conflit d’intérêts. La société estimait qu’ils pourraient pousser Elliott à encourager le défaut pour toucher une compensation en cas de «déclenchement» des CDS.
L’affaire est d’autant plus troublante qu’Elliott est membre du comité de détermination de l’Isda. Le fonds fait partie des 5 membres du comité sur 15 qui ont déclaré au début du mois de janvier qu’un «évènement de crédit» était intervenu sur des obligations de la filiale Caesars Entertainment Operating Company. Ces titres, pour lesquels était dû le paiement d’intérêts et de principal à la mi-décembre, doivent arriver à échéance en 2015 et 2018. C’est à la suite de ce vote qu’a été demandé l’arbitrage d’experts extérieurs au comité.
Ce n’est pas la première fois qu’est mis en lumière le rôle joué par les acteurs du marché des CDS dans les restructurations d’entreprise. En décembre dernier, RadioShack a pu boucler un refinancement de 585 millions de dollars notamment grâce aux hedge funds DW Investment et Saba. Tous les deux vendeurs de protection sur la société, ceux-ci n’avaient pas intérêt à ce que l’entreprise soit confrontée à un défaut.
En 2013, l’espagnol Codere n’avait, au contraire, obtenu des financements de la part d’acheteurs de CDS qu’à la condition de se mettre en situation de défaut technique.
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