La « réforme » Sarkozy dope les valeurs médias

Bruno de Roulhac

En effet, si la volonté du président de la République est claire, les modalités pratiques le sont beaucoup moins. « Cette déclaration d’intention, sur une des priorités du gouvernement, constitue une bonne nouvelle, confie un expert. Toutefois, il faut laisser le temps de la législation et de la clarification ». D’ailleurs, en l’absence de précisions, les analystes peinent à chiffrer le gain potentiel pour les chaînes de télévision privées.

« Les 700 à 800 millions d’euros de revenus publicitaires engrangés par les chaînes publiques devraient revenir très majoritairement à TF1 et M6, anticipe un gérant. Avec moins de créneaux publicitaires, les prix devraient augmenter, d’autant que les chaînes privées n’ont pas la possibilité d’accroître à l’infini le temps publicitaire. Néanmoins, tout dépendra du montant de la taxe fixée pour faire vivre les chaînes publiques. Elle pourrait effacer une bonne partie des gains apportés ».

Sans compter que ces ventes ne seront pas nécessairement transférées sur les autres chaînes de télévision. D’ailleurs, les annonceurs réaliseront des arbitrages : certains pourraient abandonner purement et simplement la télévision, d’autres choisir des canaux alternatifs, comme internet par exemple. En tout cas, le transfert ne sera pas total. D’autant que « le marché publicitaire est particulièrement instable et que l’année 2008 s’annonce difficile », ajoute un analyste.

« Cette orientation claire, donnée par notre actionnaire, entraîne évidemment de nombreuses conséquences pour le groupe France Télévisions, car elle modifie profondément notre modèle économique », a commenté Patrick de Carolis, président de France Télévisions. Toutefois, la France ne ferait que rejoindre une politique déjà appliquée au Royaume-Uni et en Allemagne, où les chaînes publiques ne peuvent faire appel à la publicité.

« La réforme de la réglementation audiovisuelle va dans le bon sens, ajoute un gérant. Alors que TF1 et M6 sont bien plus encadrés que leurs homologues européens, ils pâtissent d’une faible valorisation ». D’ailleurs, le rebond de 9,94 % de TF1 à 18,36 euros et de 4,49 % à 17,21 euros de M6 en clôture reste purement technique. En baisse respectivement de 28 % et 29 % sur les six derniers mois, ils réagissent à la moindre bonne nouvelle.

Selon les chiffres de Yacast pour 2007, les investissements des régies publicitaires de la télévision française ont crû de 7 % à 6,7 milliards d’euros. Un marché largement dominé par TF1 Publicité avec 3,3 milliards d’euros (+ 2,9 %), devant M6 Publicité à 1,4 milliard (+ 7,8 %) et France Télévisions Publicité avec 1,1 milliard (- 1,5 %).

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