«La réactivation du programme d’achats de la BCE ne réglera rien»

Nicolas Forest, responsable de la stratégie de taux chez Dexia AM
Solenn Poullennec

L’Agefi : De nouveaux rachats de dette par la BCE (SMP) pourrait-ils aider l’Espagne?

Nicolas Forest : La crise est dans une nouvelle phase. L’injection de liquidités à trois ans (LTRO) qui avait un temps calmé les spéculations s’est avérée être une grosse dose d’aspirine, avec un effet efficace mais temporaire, sur la liquidité. Des craintes nouvelles sur la liquidité causées par le retour des taux espagnols à 7% entraîneront sans nul doute une intervention de la BCE via le SMP. Comme toujours l’ampleur des montants et la communication sous-jacente seront clés pour apaiser les marchés à court terme. D’un point de vue plus stratégique, la réactivation du SMP ne réglera rien. L’accumulation des déséquilibres monétaires dans la zone euro (Target 2) représente un risque croissant pour les pays les plus solvables. Quant aux pays plus vulnérables comme l’Espagne, seule la génération de surplus budgétaire et une politique de croissance pourront rétablir une crédibilité de long terme.

Pourquoi la BCE maintiendrait-elle ses taux à horizon six mois?

La croissance européenne en 2012 sera sans doute négative et l’inflation galopant au-dessus des 2,50% est plus liée à la hausse des matières premières et des effets TVA qu’à une croissance des masses monétaires. Dans ce contexte, le taux directeur fixé à 1% nous semble approprié. Associée à la politique monétaire classique, la politique extraordinaire de liquidité devrait elle aussi être maintenue. Le risque d’un credit crunch avait obligé le recours aux LTRO fin 2011. La fragilité des pays périphériques, et donc du secteur bancaire, rend nécessaire le maintien de telles mesures pour encore de nombreux mois.

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