La pression réglementaire contribue à dissuader les offres publiques en France
Avec seulement 21 transactions totalisant environ 5 milliards d’euros depuis le début de l’année, les offres publiques sur des cibles françaises sont tombées à un niveau très bas, en dépit de valorisations plutôt attrayantes. Parmi les opérations les plus marquantes figurent le rachat de CFAO par le japonais TTC, qui valorise sa cible 2,3 milliards d’euros, et l’OPA de Carrefour sur son franchisé Guyenne et Gascogne pour un peu moins de 500 millions. L’évolution de la réglementation française n’est pas étrangère à cette faible activité, remarquaient hier les participants d’une table ronde organisée à Paris par Mergermarket.
En cas de fuite d’information concernant une éventuelle transaction, l’AMF oblige en effet un acquéreur présumé à déclarer rapidement ses intentions, sous peine de devoir renoncer à lancer une offre pendant une durée de 6 mois, sauf changement majeur de circonstances. Les visées de Safran sur Zodiac en 2010 ont ainsi été découragées par le renchérissement important du cours de la cible durant cette période. Ces règles sont d’autant plus strictes qu’elles ont une portée extraterritoriale. Le cabinet d’avocats Sullivan & Cromwell estime donc que «l’intérêt tactique d’un acquéreur potentiel est de ne pas attendre l’intervention du gendarme boursier», en prenant l’initiative d’un démenti qui lui permettra de ne pas être tenu par ce délai de 6 mois.
Le contexte économique dégradé en Europe incite en outre les sociétés françaises cotées à se tourner davantage vers les pays émergents. Les projets de rachat en France doivent donc être expliqués de façon détaillée au conseil d’administration de l’acquéreur, mais également à ses actionnaires souvent soucieux de ne pas se laisser diluer. En revanche, «les investisseurs des sociétés cibles sont prêts à apporter rapidement leurs titres à l’offre si la prime proposée est supérieure à 35%», juge un représentant de Kepler Corporate Finance.
Cette croissance externe en France devra également être compatible avec la stratégie et les objectifs financiers du groupe à moyen terme, ce qui incite des entreprises comme Alstom ou GDF Suez à faire valider leurs projets par les agences de notation.
Il sera ainsi parfois préférable d’augmenter les investissements industriels ou de procéder à un rachat d’actions, plutôt que de voir son cours de Bourse pénalisé par une opération jugée politiquement ou réglementairement risquée.
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