« La présidence française doit se saisir du sujet de la supervision financière »
L’Agefi : La réponse de l’Union européenne à la crise financière vous semble-t-elle suffisante ?
Pervenche Bérès : Ce qui a été fait jusqu'à présent m’inspire une grande déception et constitue une source d’inquiétude. Nous avions lors du Conseil des ministres de l’Economie et des Finances de décembre des éléments concrets pour renforcer les trois comités de superviseurs européens [en charge respectivement des marchés, des banques et de l’assurance]. Nous avons eu aussi l’initiative de Tommaso Padoa-Schioppa [ministre des Finances italien]. Depuis, nous en sommes revenus à l’initiative menée par Gordon Brown autour de trois points : le mécanisme d’alerte précoce, la révision de la directive sur l’adéquation des capitaux des banques (Bâle 2) et enfin le développement des contacts avec les autres superviseurs.
Sur l’alerte précoce, impliquer plus le FMI ne doit pas dispenser l’Europe ou les Etats-Unis de prendre leurs responsabilité. Se contenter de cela, cela revient à inscrire «fumer tue» sur un paquet de cigarettes. Quant à la révision de la directive Bâle 2, c’est à mon sens une queue de cerise par rapport à ce qu’il faudrait mettre sur la table pour renforcer la coordination de la supervision. S’agissant enfin de nos relations avec les autres régulateurs, notamment américains, nous y allons pour l’instant les mains nues, sans que la Commission ou le Comité européen des superviseurs de valeurs mobilières (CESR) ne disposent d’un mandat clair.
Que va faire le Parlement européen en attendant la révision de la directive Bâle 2 ?
Le groupe socialiste, avec les libéraux, venons de décider de faire un rapport d’initiative législative sur le renforcement des comités de régulateurs. Nous espérons présenter nos propositions à la fin de cette année.
Paradoxalement, la Banque centrale européenne semble être tenue à l'écart de ces réflexions ?
L’interlocuteur naturel de la BCE devrait être l’Eurogroupe. Mais son président, Jean-Claude Juncker, a renvoyé la balle dans le camp du Conseil des ministres des Finances. Or, dans un cénacle à Vingt-Sept et non plus entre pays de la zone euro, nous avons ici une importante difficulté avec Londres. Le Royaume-Uni ne veut pas entendre parler d’un renforcement de la compétence de la BCE en matière de supervision. Berlin aussi y répugne, pour d’autres raisons qui tiennent à l'éclatement de son paysage bancaire.
Du côté français, mon impression est que Nicolas Sarkozy s’est mis dans la main de Gordon Brown. Il ne prend pas le sujet à bras-le-corps. Cela n’est pas rassurant pour la présidence française. Le succès d’Angela Merkel pendant la présidence allemande tient au fait qu’elle s’est saisi d’un sujet, l'énergie, où existait un intérêt national fort. Berlin devait se refaire une virginité vis-à-vis de l’Europe centrale après l’accord avec Gazprom. En même temps, c'était une question d’intérêt public européen. La supervision financière devrait être à la présidence française, ce que l'énergie a été à la présidence allemande.
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