La pratique des « titrisations retenues » monte en puissance en Espagne
Depuis l'éclatement de la crise des marchés financiers l'été dernier, le marché de la titrisation est resté particulièrement atone. Au vu du dysfonctionnement du marché interbancaire et des billets de trésorerie adossés à des actifs (ABCP), la plupart des émetteurs, soucieux de trouver des alternatives de financement à court terme, sont venus frapper à la porte du marché primaire sans jamais y mettre le pied. De fait, ces six derniers mois, les banques originatrices se sont contentées d’émettre un certain nombre de titrisations tout en les retenant, partiellement ou dans leur totalité, dans leurs bilans. Cette pratique leur donne la possibilité de les utiliser en tant que collatéraux, s’ils sont éligibles, au mécanisme de refinancement auprès de la BCE.
Mais ces émissions en trompe-l’œil ont un effet pervers puisqu’elles gonflent la taille des bilans qui sont déjà difficiles à financer. Selon UBS, « les plus fortes accumulations de titres autres que des actions sur le second semestre 2007 viennent des banques néerlandaises (+61 milliards d’euros), espagnoles (+38 milliards) et françaises (+14 milliards) ». La banque suisse estime qu’il est probable qu’une bonne partie de ces montants ait pris la forme d’émissions de titrisations retenues.
Alors qu’elles ont emprunté 52,3 milliards d’euros à la BCE en décembre contre 18,2 milliards en juillet, les banques espagnoles, émetteurs traditionnels de titrisations, ont le plus recouru à cette pratique. Selon UBS, les émissions retenues entre août et fin 2007 ont atteint 38,7 milliards d’euros en Espagne, dont 18,48 milliards pour les titres adossées à des crédits hypothécaires résidentiels (RMBS), 11,3 milliards pour les titres adossés à des prêts (CLO) de PME, 7,98 milliards d’obligations sécurisées (covered bonds) et un milliard de titres adossés à de la dette (CDO). Le marché évoque un volume d’actifs retenus de 56 milliards d’euros. Ce phénomène se poursuit en 2008. La banque d'épargne Cajamar, sur le point d’émettre 2 milliards d’euros de RMBS espagnols, a l’intention de retenir la titrisation.
Si UBS ne relève que 1,89 milliard d’euros de RMBS retenus au Pays-Bas, ce chiffre ne tient pas compte des 30 milliards d’euros de titrisations de créances retenues par Rabobank pour faire face à une éventuelle dégradation du marché du crédit. Au Portugal, les RMBS intégrés aux bilans se montent à 2,2 milliards d’euros.
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