«La politique monétaire européenne est fermement en territoire neutre»
estime Hélène Baudchon, économiste au Crédit Agricole SA
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Propos recueillis par Yves-Marc Le Reour
L’Agefi : Selon vous, la Fed aura-t-elle besoin de poursuivre sa politique de baisse des taux pour soutenir l’économie américaine ?
Hélène Baudchon : Oui, tant que planera l’incertitude d’une entrée en récession de l’économie américaine et, plus encore, la menace d’un scénario noir de déflation par la dette. Le rythme élevé de l’inflation n’est pas, aujourd’hui, une contrainte à la poursuite du relâchement monétaire. Face aux risques pesant sur l’économie réelle et sur la sphère financière, la Fed a décidé qu’il valait mieux en faire trop que pas assez, quitte à corriger rapidement le tir une fois l’horizon éclairci. Nous attendons une nouvelle baisse de 50 points de base lors du prochain FOMC le 18 mars, portant les Fed funds à 2,50%. Compte tenu du risque inflationniste, la Fed pourrait en rester là, comme elle peut descendre un cran plus bas, à 2%, avant que le stimulus budgétaire ne lui laisse un peu de répit et de temps pour évaluer la situation.
Quelles sont vos anticipations en termes de politique monétaire pour la BCE ?
Une fenêtre de tir en faveur de la baisse des taux pourrait s’ouvrir dans le courant du deuxième trimestre. Les prérequis pour une telle détente sont des premiers signes de ralentissement de l’inflation et plus de signes tangibles de fléchissement de l’activité et des agrégats monétaires. Cela allègerait aussi la pression sur l’euro. Le degré d’urgence est bien moindre qu’outre-Atlantique, la politique monétaire est fermement en territoire neutre, mais les perspectives de croissance sont hautement incertaines et les risques baissiers (la BCE a révisé en conséquence ses propres prévisions). Malgré un discours toujours musclé à l’égard du risque inflationniste, nous tablons sur deux baisses d’un quart de point, en juin et septembre, portant le taux de refinancement à 3,50%.
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