La pente de la courbe américaine donne le vertige à la Fed
Tandis que le programme d’assouplissement quantitatif (QE2) de la Fed, passant par un rachat pour 600 milliards de dollars d’obligations du Trésor américain, visait à faire baisser les taux longs pour soutenir à la fois le marché immobilier et les actifs risqués, le taux à 30 ans a au contraire connu une envolée spectaculaire de 110 points de base à 4,60% depuis fin août 2010. Sur la partie courte de la courbe, l’anticipation de Fed funds proches de zéro pour une période prolongée a pesé sur le taux 2 ans qui a perdu 50 points de base (bp) depuis août à 0,60%, conduisant ainsi l’écart entre les rendements à 2 ans et à 30 ans à toucher, jeudi, son plus haut niveau depuis 1977 à 402 bp. Il est revenu vendredi légèrement sous les 400 bp.
Une telle remontée des taux longs est à mettre, en théorie, au passif de la Fed. Mais la Réserve fédérale a aussi effacé le risque d’un retour en récession (le «double dip») évoqué l'été dernier, permis un rebond des marchés actions, et encouragé comme elle le souhaitait une hausse des anticipations d’inflation.
La repentification de la courbe reste un phénomène assez naturel qui s’est déjà produit dans deux périodes de crise: entre 1990 et 1994 et entre 2000 et 2004. Elle a permis aux banques de se refaire une santé pendant la crise, et constitue un signal positif renvoyé par le marché sur les perspectives économiques. En attestent le redressement du système financier, et la révision à la hausse des prévisions de croissance de la Fed pour 2011 à un rythme compris entre 3% et 4%.
Si l’issue de la réunion de mercredi prochain sur le niveau des taux est scellée, la question sera de savoir quel sort sera réservé au programme QE2. Une augmentation de sa taille pourrait conduire à un nouvel écartement du spread 2/30 ans, et contredirait les récents indicateurs qui pointaient vers une accélération de la croissance américaine. A contrario, «ces indicateurs ne sont pas suffisamment forts pour justifier un changement dans le programme d’assouplissement quantitatif», estiment les stratégistes d’UniCredit. Ceux de BNP Paribas jugent aussi que la Fed devrait s’en tenir à une interprétation prudente de l’embellie récente. L’institution remettra par ailleurs à jour ses prévisions économiques en tenant compte du stimulus fiscal décidé en décembre par les Etats-Unis, une perspective que le marché obligataire a déjà intégrée.
Plus d'articles du même thème
-
Ubisoft s'attend à une nouvelle année difficile
L'entreprise de jeux vidéos a annoncé des prévisions en baisse en attendant des sorties de jeux plus importantes lors de son année 2027-2028. -
Le marché de l’immobilier de bureaux piétine toujours
Les grandes transactions manquent encore pour relancer vraiment le marché locatif, à part dans le quartier de La Défense où elles semblent repartir. Le marché européen suit à peu près les mêmes tendances. -
JPMorgan Private Bank croit aux actions émergentes et au thème de la défense
Dans le cadre de ses perspectives d’investissement mondiales de mi-année, la banque privée plébiscite une exposition sur les marchés émergents qui sortent d'une très belle année 2025 ainsi qu'au secteur de la défense poussé par la multiplicité des conflits mondiaux. -
Les fonctions risques et assurances parlent encore trop peu la même langue
Une étude de Kyu et de l’Amrae met en lumière une juxtaposition des fonctions et non une coopération. -
Commerzbank met en scène sa riposte à UniCredit, qui poursuit ses achats
Lors de son assemblée générale, la banque allemande a clamé haut et fort son opposition au projet de rachat par sa concurrente italienne. De son côté, UniCredit continue à acheter des produits dérivés, à défaut de convaincre les actionnaires. -
Santiane a finalement trouvé preneur
Après plusieurs mois de prospection du marché pour trouver un acheteur prêt à prendre la suite de Latour Capital, Santiane signe avec Kereis, lui-même détenu par Advent International.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond début mai
- Amundi restructure son organisation autour de cinq pôles
- Jean-Jacques Barbéris va rejoindre la direction de Caceis
- State Street IM et Ninety One s'associent pour lancer des ETF actifs
- Axel Plichon (Eleva) : «Nous voulons renforcer notre maillage européen»
- JP Morgan AM veut faire passer les investisseurs des ETF passifs aux ETF actifs dans l'obligataire
Contenu de nos partenaires
-
EXCLUSIF RévélationOpération vérité sur les retraites des fonctionnaires
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, veut bouleverser la présentation des comptes de l'Etat pour mieux faire apparaître le vrai coût financier de la retraite des fonctionnaires. Voici comment -
MéfiancePourquoi le deal commercial entre les Européens et Trump demeure fragile
La procédure avance du côté européen mais des embardées ne sont pas exclues, loin de là -
PortraitRetraites : Jean-Pascal Beaufret, le choix de la plume face à « un déni de réalité »
L’ancien inspecteur des Finances alerte depuis 2022 sur le manque de transparence des comptes publics. Rare voix à s’élever sur le sujet, sa thèse suscite la curiosité de la classe politique.