La part de l’immatériel croît encore dans la valorisation des entreprises
Marques, brevets, R&D, bases de clientèle… Le capital immatériel prend de l’importance aux yeux des investisseurs. Dans son étude annuelle consacrée au sujet, Ernst & Young (E&Y) assure qu’il comptait en 2007 pour 63,6 % de la valeur des 101 groupes européens scrutés contre 60,4 % un an plus tôt. En masse, le montant atteint 3.500 milliards d’euros, contre un peu plus de 3.000 milliards en 2006.
Alors que la valorisation de ces éléments difficilement quantifiables fait débat, Ernst & Young a choisi de ne pas déterminer cette valeur de manière théorique, mais plutôt de chiffrer l’estimation qu’en fait le marché. De fait, le cabinet compare la valeur d’entreprise (capitalisation + dette) à l’actif net du bilan (hors immatériel déjà intégré comptablement), la différence pouvant dès lors être reconnue comme la valeur attribuée par le marché à l’immatériel. Avec des écarts flagrants entre les secteurs (voir illustration).
Dans le tabac, l’immatériel représente ainsi 88 % des valeurs d’entreprise. L’effet de « l’importance des marques », souligne Alexis Karklins-Marchay, associé transaction advisory services chez E&Y. Un commentaire qui vaut aussi pour le luxe (87 %). Dans les télécoms, c’est en revanche la base captive d’abonnés qui explique le poids des éléments immatériels (71 %). Quant à la pharmacie, la part d’immatériel dans la valorisation (81 %) peut être justifiée par les brevets, la R&D ou encore les pipelines. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’en mêlant capitalisations élevées et forte proportion d’immatériel, la pharmacie classe quatre de ses représentants dans le top 5 des entreprises recélant les plus fortes valeurs immatérielles (en masse). A eux seuls, ces quatre groupes pèsent près de 13 % du total européen (voir tableau).
Dans certains cas, l’immatériel peut même égaler, voire dépasser légèrement, la valeur d’entreprise (Pernod-Ricard, WPP). Certes, ces groupes disposent d’actifs tangibles. Mais d’autres facteurs (trésorerie, BFR) viennent en compensation. Ce qui donne un actif net nul ou légèrement négatif et revient à attribuer l’ensemble de la valorisation à des éléments immatériels.
En regard, rares sont les secteurs où l’immatériel pèse moins lourd que les actifs corporels. Ce qui ne signifie pas que l’immatériel y est quasi inexistant. L’automobile dispose par exemple de marques fortes. Mais d’après Alexis Karklins-Marchay, si cela ne se traduit pas en Bourse, c’est surtout parce que les surcapacités industrielles pèsent sur les valorisations. Plus largement, il sera d’ailleurs intéressant de voir dans la prochaine édition quel impact aura eu la crise des marchés sur la valorisation de l’immatériel.
L’automobile se distingue aussi sur un autre plan. C’est le secteur dans lequel l’immatériel est le plus souvent reconnu au bilan (dans une proportion de 62 %), alors que dans l’ensemble, « la part de l’immatériel comptabilisé au bilan reste faible », constate Alexis Karklins-Marchay. En moyenne, elle dépasse à peine les 34 % et tombe à 15 % dans la pharmacie. Difficile en outre d’envisager un changement rapide. « Aujourd’hui, les normes comptables ne donnent pas la possibilité de reconnaître les actifs immatériels lorsqu’ils sont développés en interne, explique Alexis Karklins-Marchay. Seules les acquisitions le permettent ».
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