La masse monétaire en zone euro donne des munitions aux partisans du statu quo

La croissance de M3 a décéléré en décembre, mais ne fait pas encore apparaître un resserrement du crédit qui exigerait une baisse des taux
Alexandre Garabedian

Il n’y a pas de credit crunch en Europe. Du moins pas si l’on s’en tient aux chiffres bruts de la croissance de la masse monétaire en euro. La croissance de M3 est certes tombée à 11,5 % en rythme annuel au mois de décembre 2007, contre 12,3% en novembre, bien en-deçà des attentes du consensus des économistes. Mais le taux de croissance reste à un rythme élevé sur le dernier trimestre (+12,1%) et se maintient à 11,1% pour les prêts au secteur privé.

Alors que la dernière enquête trimestrielle de la BCE auprès des banques faisait apparaître un net resserrement des conditions d’octroi du crédit, celles-ci ne se matérialisent pas encore dans M3. Il faut dire que la lecture de l’indicateur est compliquée par les récentes turbulences financières. La croissance des prêts aux compagnies non financières (le rythme est passé de 14 % à 14,4 %) traduit d’abord une réintermédiation du financement des entreprises qui ne peuvent plus solliciter les marchés obligataires. Du côté des ménages, M3 fait bien apparaître une décélération des prêts immobiliers, mais les crédits à la consommation accélèrent. « Les banques sont probablement en train de déplacer leur focus commercial des prêts immobiliers, où les marges sont généralement basses et la demande fléchit, vers du crédit court terme plus rémunérateur », estime Gilles Moëc, économiste chez Bank of America.

La Banque centrale européenne, qui fonde officiellement une partie de sa politique monétaire sur M3, ne trouvera donc pas matière à infléchir son discours compte tenu du rythme encore élevé de croissance des prêts, estiment une majorité d’économistes. C’est donc ailleurs qu’il faudra chercher les raisons d’une baisse des taux.

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