La lutte contre la hausse du won met en péril les réformes financières coréennes
En limitant les positions «forward» sur le change des banques, les autorités sud-coréennes décalent le vote de la réforme des marchés de capitaux
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Patrick Aussannaire
Séoul part en guerre contre la hausse du won. Les autorités sud-coréennes ont annoncé hier un abaissement du plafond limitant les positions en devises prises sur les marchés à terme par les banques. A partir du 1er décembre, ce type de contrats dits «forward» qui permettent aux établissements d’acheter ou de vendre une devise à un cours et à une date fixés à l’avance, sera limité à 30% pour les banques coréennes, contre 40% actuellement, et à 150% pour les filiales locales de banques étrangères, au lieu de 200%.
Anticipant une poursuite de l’afflux de capitaux dans le pays, les autorités cherchent à «agir de manière préventive» pour éviter une trop forte volatilité des marchés. «Les autorités vont renforcer le contrôle des marchés financiers et continuer à prendre des mesures visant à éviter que le marché domestique soit ballotté par l’environnement extérieur», indique le communiqué. «Le but est de décourager l’accumulation trop importante de dette à court terme par les banques», explique Frances Cheung, stratégiste chez CA CIB.
Ces mesures, largement anticipées, ont eu un impact limité sur le won qui se renforçait encore de 0,14% contre dollar après l’annonce, à 1.084,4. Il s’est apprécié de 5,7% depuis fin juin, la meilleure performance parmi les onze devises asiatiques les plus échangées, selon Bloomberg. Et Frances Cheung d’ajouter que «la liquidité en dollar n’est actuellement pas particulièrement tendue. Le précédent seuil de 200% n’était pas totalement utilisé, les banques étrangères n’étant pas aussi agressives qu’auparavant dans leurs financements à court terme».
Pourtant, le discours de Séoul s’est durci récemment contre l’appréciation du won qui pénalise les exportations. Le think-tank Korean Development Institute a révisé à la baisse hier ses prévisions de croissance à 2,2% et 3% pour 2012 et 2013. Et de prôner pour une baisse des taux directeurs de 25 bp à 2,75%, ce qui contribuerait à atténuer la hausse du won.
En outre, ces mesures risquent de décaler le vote du projet de libéralisation des marchés de capitaux (Capital Markets Act) à 2013, qui permettrait pourtant aux plus gros coutiers du pays, dont Samsung et Daewoo, qui pèsent 3.000 milliards de won (2 milliards d’euros) de proposer des services bancaires, et d’accélérer la création de systèmes de trading alternatifs et de chambres de compensation sur dérivés.
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