La liste des investisseurs prêts à acheter des rendements négatifs est longue
Après l’annonce du programme d’assouplissement quantitatif (QE) de la BCE, quelque 1.500 milliards d’emprunts d’Etat en zone euro traitent à des rendements négatifs. A l’échelle mondiale, notamment grâce au Japon, leur montant atteint 3.600 milliards de dollars, soit 16% des encours de dette souveraine, selon JPMorgan. Mais qui achète encore ces titres, et pour quelles raisons ?
Les analystes de JPMorgan ont tenté d’y répondre dans une note publiée le 30 janvier. Pour certains investisseurs, il s’agit d’un choix assumé: ceux qui spéculent sur l’appréciation de la devise (la couronne danoise ou le franc suisse, par exemple), ou sur de nouvelles mesures accommodantes des banques centrales, avec une perspective de gains en capitaux. Les investisseurs convaincus que la déflation va durer appartiennent également à cette famille. «Les obligations nominales, même avec des rendements négatifs, sont intéressantes, tant que la déflation attendue permet des rendements réels positifs», note Nikoalos Panigirtzoglou, chez JPMorgan.
D’autres investisseurs ne peuvent tout simplement se passer de ces titres. C’est le cas des banques centrales, à commencer par la BCE, qui a confirmé que son QE couvrirait les emprunts d’Etat à rendement négatif. Les fonds indexés ou passifs, ainsi que les produits indiciels cotés, sont obligés de rester exposés à cette classe d’actifs dont une portion ne rapporte plus rien. Or, les montants qu’ils gèrent vont croissant. «Sur les 350 milliards de dollars d’ETF obligataires, 150 milliards sont uniquement investis en emprunts d’Etat», souligne l’analyste de JPMorgan.
Enfin, le cas des banques, gros acheteurs de dette souveraine pour des raisons réglementaires, prend une dimension nouvelle alors que la BCE ou la Banque nationale de Suisse passent leurs taux de dépôt en territoire négatif. Les réserves excédentaires des établissements financiers leur coûtent désormais de l’argent, -75 pb par exemple depuis le 22 janvier sur les gros dépôts effectués auprès de la BNS. «C’est assez pour que ces institutions se débarrassent de ces dépôts en achetant des obligations dont le rendement est supérieur ou égal à -75 pb, afin de réduire cette perte», indique Nikoalos Panigirtzoglou. L’effet sur le marché est immédiat: les taux suisses à 6 ans sont tombés à -0,75% dès le 23 janvier.
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