La juste valeur bloque la convergence comptable transatlantique
L’harmonisation entre normes comptables américaines (GAAP) et européennes (IFRS) dépend de l’abandon partiel du concept de juste valeur par les autorités américaines. Tel est le résultat des débats qui ont animé la conférence organisée hier par le cabinet d’audit KPMG. En effet, le parti pris par l’organisme définissant les normes comptables américaines (FASB), optant dans ses dernières propositions pour une approche «full fair value» selon laquelle tous les produits financiers doivent être valorisés à la valeur de marché, constitue le nœud de discorde avec son homologue international, l’IASB.
Philippe Danjou, seul membre français de l’IASB, a ainsi estimé que sans accord avec les Etats-Unis, toute convergence globale semble vouée à l’échec, et la portée des règles prudentielles sera limitée. D’autant que la Chine a récemment adopté des normes comptables de type IFRS, à l’instar de plusieurs autres pays, même si pour le moment, certains secteurs échappent encore à cette norme. Dans ce contexte, le calendrier qui fixe à juin 2011 la conclusion du processus de convergence, sera difficile à tenir.
Et le problème devient encore plus épineux lorsqu’il touche le secteur bancaire. En effet, la France notamment dénonce le caractère procyclique de la juste valeur qui aurait exacerbé la crise. L’Europe a dû en expurger au plus fort de la crise les normes IFRS sur la valorisation des instruments financiers. L’IASB avait ainsi adopté en 2008 une approche «mixte» qui a permis aux banques de reclasser beaucoup d’instruments financiers illiquides dans leur banking book et d'éviter d’en subir les fluctuations de valeur.
Par ailleurs, même en cas d’accord, la SEC et les tribunaux américains ont pouvoir d’imposer une interprétation des règles comptables en vigueur.
Une nouvelle passerelle semble s’être tendue avec la nomination du néo-zélandais Ian Mackintosh, à la tête de l’IASB. Dans un entretien aux Echos, ce dernier a estimé que l’approche de juste valeur n’a pas «été bien accueillie par la communauté des investisseurs aux Etats-Unis. Il y a eu des signes clairs depuis leur publication du fait que le FASB est prêt à évoluer vers une approche plus nuancée». Ces fortes réserves émanent de la SEC et surtout des banques américaines concernant l’approche «full fair value», et permettent d’envisager un compromis à moyen terme.
Plus d'articles du même thème
-
Iliad maintient sa croissance, porté par l'Italie
La maison mère de Free a publié jeudi 21 mai des résultats solides et une réduction de son endettement net au premier trimestre. Le groupe veut aussi placer ses pions dans l'IA souveraine. -
La hausse du coût de financement commence à affecter les trésoreries d'entreprise
L'effet du choc géopolitique se diffuse au sein des trésoreries d'entreprise et la moitié des trésoriers indiquent déjà une hausse des taux de financement selon l'enquête du mois de mai de Rexecode, du Meti et de l'AFTE. -
L’activité privée en zone euro recule surtout à cause de la France
L’activité privée a même chuté en zone dangereuse en mai pour l’Hexagone, notamment pour l’indice PMI «flash» des services (42,9), tandis que le secteur manufacturier est retombé en territoire de contraction. La situation est un peu moins préoccupante en Allemagne. -
Swiss Life AM enregistre une collecte solide au premier trimestre 2026
La division de gestion d’actifs du groupe suisse d’assurance-vie a enregistré une collecte de 4,2 milliards de francs suisses depuis le début de l’année. -
Pictet AM étend son utilisation de SimCorp pour simplifier ses opérations
Le gestionnaire d’actifs suisse Pictet Asset Management a étendu sa relation avec le fournisseur de technologies britannique SimCorp, entamée en 2008 sur les capacités de back-office. La société helvétique entend simplifier l’exécution des ordres et ses opérations de gestion de portefeuille en utilisant la plateforme front-to-back unifiée SimCorp One. -
Ubisoft chute en Bourse après avoir présenté des perspectives décevantes
L'action du groupe de jeux vidéo est fortement sanctionnée après l'annonce de ses objectifs pour l'exercice 2026-2027. La consommation de trésorerie est particulièrement surveillée par les analystes.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond début mai
- Amundi restructure son organisation autour de cinq pôles
- Jean-Jacques Barbéris va rejoindre la direction de Caceis
- State Street IM et Ninety One s'associent pour lancer des ETF actifs
- Axel Plichon (Eleva) : «Nous voulons renforcer notre maillage européen»
- JP Morgan AM veut faire passer les investisseurs des ETF passifs aux ETF actifs dans l'obligataire
Contenu de nos partenaires
-
Guerre des étoilesUn an après son lancement, le projet de Golden Dome de Trump a perdu de sa superbe
Les dirigeants chinois et russe ont dénoncé encore une fois un projet américain d'intercepteurs spatiaux de nature à remettre en cause l’équilibre de vulnérabilité mutuelle par les armes nucléaires. -
Cette guerre que l'Europe refuse de voir
Le conflit en Iran montre l'importance du champ de bataille numérique. Pour une grande partie du monde occidental, cette réalité est encore mal comprise, estime Sébastien Crozier -
Royaume-Uni : les années noires d'un royaume mythique
Déficits, guerres, pandémie... Le Premier ministre Keir Starmer est en sursis et le pays s'enfonce dans une instabilité devenue structurelle.