La hausse des salaires réels est le talon d’Achille de l’Abenomics
Le Japon a encore du chemin pour atteindre son objectif d’un retour à une inflation de 2% d’ici 2015. Certes, l'économie semble être sortie de la déflation, avec une accélération de la hausse de l’indice des prix à la consommation hors produits alimentaires (indice sous-jacent) à un rythme annuel de 0,9% en octobre. L’indice hors produits alimentaires et énergétique a même repris un rythme positif, de +0,3%, pour la première fois depuis octobre 2008 et affiche ainsi son plus haut niveau depuis 1998.
Pourtant, les prix énergétiques, dopés par l’affaiblissement du yen, expliquent l’essentiel du rebond de l’inflation. Ils affichent ainsi une envolée de 7% sur un an, et contribuent à eux seuls à hauteur de 0,56 point au chiffre d’inflation sous-jacente. Dans le même temps, les prix des biens durables des ménages japonais sont en baisse de 2,9% et contribuent négativement de 0,04 point à l’inflation sous-jacente.
«En ôtant les effets de la relance budgétaire et de la dépréciation du yen, il existe un risque que le malaise déflationniste japonais réapparaisse si la reprise retombe», estime BNP Paribas CIB. Pour se donner plus de temps, le gouvernement va mettre en place dès cette semaine son programme de relance de 40 milliards d’euros destiné à compenser la hausse de la TVA en avril, alors que la BoJ prévoit d’accroître la taille de son programme de rachats d’actifs déjà historique de 70 milliards de dollars par mois, selon Reuters.
Mais «pour que l’inflation redevienne durablement positive, une amélioration durable des salaires et des prix des services est indispensable», rappelle BNP Paribas CIB. Or, les salaires fixes hors bonus et primes sont toujours en recul, de 0,4% sur un an, pour le dix-septième mois consécutif. Pour l’heure, les entreprises nippones privilégient les versements exceptionnels, avec une hausse des primes totales de 5,4% sur un an et des bonus de 3,2%. Dans l’industrie, les bonus se sont envolés de 30%, alors que les salaires fixes restaient inchangés.
Le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, a appelé lundi les entreprises du pays à profiter de la hausse de leurs résultats, de 24% sur un an fin septembre, pour accroître le niveau des salaires fixes. L’union des syndicats nippons prévoit de réclamer une hausse des salaires d’au moins 1% aux prochaines négociations au printemps 2014, alors que Nomura et Lawson se sont déjà engagés à des hausses de 2%.
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