La hausse des prix du pétrole pourrait peser à terme sur la croissance
L’année a démarré en fanfare pour les prix du pétrole. Le cours du Brent a pris 11% depuis fin décembre, pour traiter à 119,3 dollars le baril, vendredi dernier. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse. D’un côté, la demande reste soutenue. « Avec une croissance de l’économie mondiale autour des 3% en 2012, on s’attend à une progression de la demande globale plutôt moyenne, autour de 1 million de barils par jour. La croissance de la demande mondiale de pétrole repose entièrement sur les pays émergents en 2012 et notamment la Chine », explique Harry Tchilinguirian, chef de la stratégie matières premières chez BNP Paribas.
De l’autre côté, l’offre est sensible aux tensions géopolitiques. En janvier, l’Union européenne a décidé d’imposer un embargo sur le pétrole iranien, pour sanctionner le régime, soupçonné de développer un programme nucléaire militaire. La mesure ne sera effective qu’en juillet mais les investisseurs surveillent de très près tout mouvement de l’Iran, qui a menacé cet hiver de bloquer le détroit d’Ormuz.
D’autres conflits pèsent sur les cours, « suite à l’arrêt des exportations au Soudan du Sud, les consommateurs asiatiques vont devoir se reporter sur le brut de l’Afrique de l’Ouest, dont le prix est établi par rapport au Brent », fait valoir Harry Tchilinguirian. Ils pourraient encore alimenter sa hausse. Enfin, des problèmes techniques sont intervenus dans un champ de la mer du Nord, ce qui a précipité la montée des cours ces derniers jours.
Si elle se poursuivait, la hausse pourrait devenir problématique. « Un cours autour de 125 dollars le baril de Brent, s’il se maintient pendant plusieurs mois d’affilée, aura une répercussion négative sur la demande de pétrole étant donné les perspectives économiques encore incertaines», affirme le stratégiste de BNP Paribas. Les entreprises ont les moyens de se couvrir mais les ménages sont sensibles à l’augmentation des prix à la pompe.
«L’augmentation du pétrole a un impact psychologique et direct sur les ménages, ce qui peut peser sur la consommation», explique Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. Et d’ajouter que «si la tendance actuelle sur les prix du pétrole se poursuit, l’Europe pourrait se retrouver dans la situation du deuxième trimestre 2008 et 2011 avec une baisse de la consommation des ménages». Elle s’en passerait bien alors que sa croissance devrait reculer de 0,5% en 2012 selon le FMI.
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