La Grèce joue les équilibristes vis-à-vis du FMI

Le prochain paiement au Fonds est dû le 1er mai. Après 30 jours, le FESF pourrait aussi, sans obligation, prononcer un défaut d’Athènes sur les prêts européens.
Alexandre Garabedian

La Grèce peut-elle faire défaut sur les prêts du FMI ? Dévastatrices sur le plan diplomatique, les conséquences d’une telle décision sont plus délicates à estimer sur le strict plan financier. Même S&P, en dégradant la note du pays à CCC+ le 15 avril, a souligné qu’un paiement manqué auprès d’un créancier officiel ne constituerait pas un défaut du pays.

Athènes, peu susceptible de trouver un accord avec ses partenaires européens le 24 avril, doit rembourser 200 millions d’euros au FMI le 1er mai et 760 millions le 12 mai. Si la Grèce manque son premier versement la semaine prochaine, la situation restera inchangée pendant un mois. Ce n’est qu’au bout de 30 jours que la directrice générale du Fonds monétaire, Christine Lagarde, devra notifier à son conseil l’existence d’un retard de paiement. Un tel cas n’est pas si rare: le FMI porte à son bilan l’équivalent de 1,6 milliard d’euros d’arriérés de paiement, même si en tant que créancier super senior, il a toujours été remboursé par les pays qu’il finance.

La notification de l’arriéré de paiement au conseil d’administration du FMI pourrait alors mettre en défaut la Grèce vis-à-vis du Fonds européen de stabilité financière. Le cas est prévu dans l’accord-cadre signé en décembre 2012 entre Athènes et le FESF, instrument du soutien européen. Le texte laisse cependant la main au fonds. Le FESF «peut», sans obligation, déclarer la Grèce en défaut sur les prêts européens.

Cette décision aurait à son tour des conséquences sur le marché obligataire privé. Les titres émis par la Grèce lors de la restructuration de dette de 2012 sont de droit britannique, et comportent des clauses de défaut croisé (cross-default). Si le pays était déclaré en défaut vis-à-vis du FESF, il le serait également sur ses obligations aux mains des investisseurs privés. Le cas des obligations encore détenues par la BCE est en revanche moins clair.

Le choix d’une institution européenne comme le FESF, au plus tôt le 31 mai, serait évidemment de nature politique. Avant cela, des pressions pourraient aussi s’exercer sur la BCE pour qu’elle retire l’aide d’urgence (ELA) aux banques grecques. «Nous ne croyons pas que la BCE soit forcée de retirer l’ELA dans l’hypothèse d’un défaut de l’Etat grec sur sa dette auprès des créanciers officiels», tempère Malcolm Barr, économiste chez JPMorgan.

Les règles encadrant les lignes d’urgence sont assez vagues pour laisser le temps aux politiques d’arracher un accord.

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