La gestion par la BCE de la crise irlandaise en 2010 est mise au jour
Les lettres d’échanges publiées hier par la BCE entre l’ancien président de l’autorité monétaire, Jean-Claude Trichet, et l’ancien ministre des finances irlandais, Brian Lenihan, juste avant que le pays sollicite l’aide internationale, nous replongent exactement quatre ans en arrière dans une période douloureuse. Elles mettent en avant les inquiétudes formulées par Brian Lenihan sur l’explosion en novembre 2010 des spreads périphériques, alimentée selon lui par des «spéculations sur les conditions qui s’appliqueraient aux pays ayant accès au FESF», le fonds d’aide européen.
L’ancien ministre fait ainsi référence à des propos de la chancelière allemande Angela Merkel réclamant que les créanciers assument leurs pertes en cas de plan de sauvetage d’un pays de la zone euro, et demande le soutien de la BCE. Malgré cela, le 11 novembre, Jean-Claude Trichet notifie à Dublin que «c’est à la seule condition que nous recevions un engagement écrit du gouvernement irlandais sur les quatre points suivants que nous pourrons autoriser de nouvelles injections de liquidités d’urgence aux institutions financières irlandaises». Le premier point est une demande d’aide internationale.
Celle-ci permettra aux bailleurs de fonds du pays d’imposer des mesures de réduction du déficit, des réformes structurelles et un nettoyage du secteur financier. Des exigences auxquelles s’est plié le pays, avec succès. L’Irlande devrait respecter en 2015 avec seulement un an de retard son engagement pris alors de ramener son déficit public sous la barre des 3% de son PIB. Ce qui lui permettra de faire baisser son endettement de 12 points de PIB à 110,5%.
L’Irlande devrait en outre afficher, selon les dernières prévisions de la Commission européenne, le taux de croissance le plus élevé au sein de l’ensemble des pays de l’Union cette année et l’an prochain. Un fait que ne s’est pas privé de rappeler hier Mario Draghi lors de la conférence de presse suivant la réunion du conseil des gouverneurs, prenant ainsi la défense de son prédécesseur. «L’extraordinaire performance de l’Irlande qui a suivi ces événements (…) semble suggérer qu’après tout cette décision n’était pas si stupide», a ainsi ironisé hier l’actuel président de la BCE.
Le spread entre les taux à 10 ans irlandais et allemand est revenu à 87 pb, contre 1.060 pb atteint en juillet 2011. Le taux irlandais est même désormais inférieur de 43 pb à celui de l’Espagne.
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