La France tente de clarifier son cap économique
Le Premier ministre, Manuel Valls, doit annoncer aujourd’hui un nouveau gouvernement pour mettre fin aux incertitudes sur la politique économique française. La démission de l’équipe au pouvoir, décidée hier en réponse aux critiques des ministres Arnaud Montebourg (photo) et Benoît Hamon sur les mesures de consolidation budgétaire de leur propre gouvernement, intervient alors que le président de la Banque centrale européenne plaide pour que les Etats soutiennent davantage la demande et l’investissement.
Le chef de l’Etat a demandé hier à Manuel Valls de «constituer une équipe en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays». Une façon de réaffirmer son autorité remise en cause au sein de sa propre équipe alors que la France a enregistré une croissance nulle au deuxième trimestre et ne pourra pas tenir son objectif de réduction du déficit à 3,8% du PIB pour cette année.
En annonçant sa décision de «reprendre sa liberté» hier, le ministre de l’Economie et du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a réitéré ses critiques contre une austérité «inefficace», «absurde» et «injuste». Ce week-end il avait plaidé pour un changement de cap de la politique du gouvernement en faveur du pouvoir d’achat des ménages alors que le chef de l’Etat, François Hollande, avait défendu quelques jours plus tôt son pacte de responsabilité en faveur des entreprises et mis en garde contre «ceux qui disent qu’il faut revoir la stratégie».
La décision de former un nouveau gouvernement «devrait clarifier la situation et réduire la confusion au sujet de la stratégie du gouvernement qui a prévalu jusqu’à aujourd’hui», estime l’économiste de Barclays, Philippe Gudin. Même si la majorité est très divisée, il estime que les institutions politiques limitent les risques d’enlisement de la crise et s’attend à «ce que le rythme des réformes s’accélère dans les mois à venir». Le président de la République a promis la semaine dernière des mesures dans les domaines du logement, de l’investissement, des professions réglementées et de l’emploi.
Cette passe d’armes sur la politique économique française, intervient alors que le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi s’est montré favorable à davantage de soutien de la demande en Europe. «Il y a des marges de manœuvre pour parvenir à une composition plus favorable à la croissance des politiques budgétaires», a-t-il expliqué à Jackson Hole la semaine dernière en soulignant que l’on pouvait baisser les impôts tout en coupant des dépenses «improductives» et que les règles du pacte de stabilité offraient de la flexibilité. Appelant à une meilleure coordination des politiques budgétaires au sein de la zone euro, il a également plaidé pour un large programme d’investissement public.
Aux yeux de l’économiste de Crédit Agricole CIB, Frederik Ducrozet, c’est la première fois que le président de la BCE reconnaît que certaines politiques de consolidation budgétaire peuvent avoir des effets sous-optimaux mais il ne s’agit pas d’«un appel à un stimulus budgétaire puissant ou à un demi-tour politique complet». Aux dires du chef économiste d’Unicredit, Erik Nielsen, ce discours devrait stimuler le débat sur la politique économique européenne mais «une expansion budgétaire significative n’est pas garantie étant donné que beaucoup de pays ont de très loin dépassé les limites des règles européennes».
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