Une éventuelle remontée des taux contraindrait l'élaboration des prochains budgets
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Alexandre Garabedian
Paris donne des gages de rigueur aux marchés. L’Elysée va inscrire dans la Constitution l’obligation, pour tout gouvernement en début de législature, de s’engager pour cinq ans sur une «trajectoire impérative de solde structurel des finances publiques». Il confirme le gel des dépenses de l’Etat en valeur et veut contenir la croissance des dépenses de santé sous les 3% en 2011 et 2012. Pour la France, l’ajustement est d’autant plus souhaitable que les conditions de financement dont le pays bénéficie pourraient ne pas durer.
Le risque d’une remontée des taux figure dans le rapport Champsaur/Cotis remis hier lors de la deuxième conférence sur les déficits. «La possible hausse des taux d’intérêt dans un contexte de poursuite de la croissance de la dette publique constitue un des risques majeurs pour l’élaboration du budget de l’Etat dans les prochaines années», soulignent le président de l’Autorité de la statistique publique et le directeur général de l’Insee.
L’encours de la dette française atteignait 1.184 milliards d’euros à fin mars 2010. Sa durée de vie moyenne (6,8 ans) est plus longue que celle des autres grands pays européens, à l’exception de la Grande-Bretagne. Reste que 50% du stock actuel aura été renouvelé d’ici à fin 2013.
«A titre illustratif, un choc moyen de 50 points de base sur la courbe des taux intervenant d’ici à 2011, cohérent avec les anticipations de marché, se traduirait toutes choses égales par ailleurs par une augmentation de la charge d’intérêts sur la dette négociable de l’Etat d’environ 2 milliards d’euros en 2011, 3 milliards en 2012 et 4 milliards en 2013», calculent Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis.
L’Agence France Trésor (AFT) ne commente pas ces chiffres. Mais personne ne sous-estime le risque d’un renchérissement. Hier encore, l’AFT a adjugé près de 8 milliards d’euros de BTAN d’échéance 2012, 2014 et 2015 à des taux historiquement bas. Et sa nouvelle obligation indexée sur l’inflation européenne, l’OATei 1,10% 2022, a rencontré une bonne demande, avec 2,7 milliards placés à un taux moyen de 1,34%.
L’Agence en profite d’autant mieux qu’elle a déjà réalisé 55,5% de son programme d’émission de 188 milliards d’euros de dette à moyen et long terme pour 2010. Cette proportion atteignait 49% à la même période de l’an dernier.
La faiblesse des taux de marchés a notamment permis à l’AFT de comptabiliser, entre janvier et début avril, 2,4 milliards d’euros de gains. Des primes dégagées en abondant des lignes anciennes dont les coupons sont supérieurs aux taux actuels.
La France bénéficie aussi depuis plusieurs mois des inquiétudes entourant la dette des Etats périphériques de la zone euro. Ses rendements, comme ceux de l’Allemagne, se sont fortement resserrés. Le ministère du Budget devrait communiquer courant juin sur l’économie réalisée, à l’occasion du débat d’orientation budgétaire.
Mais il est possible de s’en faire une idée. Les taux français à 7 ans – les plus proches de la maturité moyenne de la dette – sont tombés à 2,3%, contre 3,15% début 2010. Le budget 2010 avait été construit sur une hypothèse de hausse des taux. En prenant la moyenne des rendements à 7 ans sur 2010 (2,89%) et un taux budgété à 3,40%, l’économie est de 0,51%. Soit, appliqué aux 104,4 milliards de dette moyen long terme émis depuis le début de l’année, une économie de 0,53 milliard. Sur l’ensemble de 2009, l’économie a atteint 4 milliards.
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