La France et le Royaume-Uni voient leur AAA menacé par Moody’s

L’agence a dégradé les notes de 6 pays européens, dont l’Italie et l’Espagne, et mis sous perspective négative le AAA français et britannique
Patrick Aussannaire

Moody’s jette un nouveau pavé dans la mare européenne. Cette nuit, l’agence a dégradé d’un cran les notes de l’Italie à A3, du Portugal à Ba3, de la Slovaquie et de la Slovénie à A2, de Malte à A3. L’Espagne a été le pays le plus pénalisé avec une dégradation de deux crans à A3. Soulignant la dichotomie Nord-Sud entre les pays européens, Moody’s a en revanche jugé «appropriées» les notes Aaa du Danemark, de l’Allemagne, de la Finlande, du Luxembourg, des Pays-Bas et de la Suède. Mais l’agence a également tiré la sonnette d’alarme sur les AAA de la France, de l’Autriche et du Royaume-Uni, mis sous perspective négative.

Un mois jour pour jour après la perte du AAA de la France par S&P, Moody’s met en avant «les risques significatifs» auxquels le gouvernement français devra faire face pour réduire le déficit public à 4,5% du PIB fin 2012 et 3% en 2013 comme promis. La Cour des Comptes a d’ailleurs estimé qu'à peine 10% de l’effort total qui doit permettre de ramener à zéro le déficit en 2016 avait été accompli l’an passé, en pleines négociations tendues à l’Assemblée Nationale sur le relèvement de la TVA. «Ceux-ci pourraient encore se compliquer par le besoin de venir en aide à d’autres pays européens ou à son propre système bancaire». L’agence a d’ailleurs dans la foulée réduit les perspectives des dispositifs publics de soutien aux banques françaises, la Société de financement de l'économie française (SFEF) et la Société de prises de participation de l’Etat (SPPE) qui ont reçu 360 milliards d’euros en 2008.

Contrairement à S&P, Moody’s a également mis la note du Royaume-Uni sur la sellette. Une décision justifiée par «un environnement macroéconomique affaibli, qui devrait entraver les efforts du gouvernement d’infléchir la trajectoire du poids de la dette à la baisse dans les prochaines années». Et de souligner sa forte dépendance à la zone euro. «Même si le Royaume-Uni est en dehors de la zone euro, le risque élevé de chocs économiques, financiers ou politiques au sein de l’union monétaire exercent des pressions négatives sur la note du Royaume-Uni compte tenu de ses liens commerciaux et financiers avec la zone euro». «C’est la preuve que, dans la situation mondiale actuelle, la Grande-Bretagne ne peut faire autrement que s’occuper de sa dette», a réagi le chancelier de l’Echiquier, George Osborne.

L’euro perdait 0,2% cette nuit à 1,3162 et la livre sterling 0,4% à 1,5710 contre dollar.

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