La Fed va racheter pour 600 milliards de Treasuries
Le camp Obama sanctionné par les élections de mi-mandat, il revient désormais à la Réserve fédérale, et à son président Ben Bernanke (photo), la lourde tâche d’aiguiller l’économie américaine sur la bonne voie. Le Comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed a décidé de lancer un nouveau round d’assouplissement quantitatif, le fameux QE2, qui se traduit par le rachat d’emprunts d’Etat. Le montant dévoilé – 600 milliards de dollars – apparaît légèrement agressif par rapport au consensus qui s’était dessiné ces dernières semaines, autour de 500 milliards.
La feuille de route indique en revanche que la Fed ne veut pas brusquer le mouvement. Alors que les investisseurs tablaient sur un déploiement sur six mois, le programme s’étalera sur huit mois, soit jusqu’à la fin juin 2011. Ce calendrier sous-entend un rythme mensuel de rachat d’environ 75 millions de dollars.
«Le Comité vérifiera régulièrement le rythme de ses rachats de titres ainsi que le volume global du programme à la lumière des nouvelles données. Il ajustera le programme de telle sorte à favoriser au maximum l’emploi et la stabilité des prix», a indiqué la Fed. «Ainsi, si l’économie n’amorce pas son retournement, ils pourront poursuivre le programme au-delà du deuxième trimestre 2011, et accroître le rythme des rachats si besoin», estime Rob Carnell, d’ING Financial Markets.
Dans un communiqué distinct, la Fed de New-York a précisé que les actifs rachetés auraient une maturité moyenne de cinq à six ans. L’effet s’est fait sentir sur les Treasuries à 30 ans, qui ne représenteront que 4% des rachats. Leur rendement grimpait de 15 points de base hier soir, à 4,07%.
George Goncalves, responsable de la stratégie des taux américains chez Nomura Securities, a relevé la stratégie de communication de la Fed régionale qui combine les réinvestissements des liquidités issues de titres adossés à des prêts hypothécaires et de titres de dette d’agences (250 milliards de dollars) et les rachats de Treasuries (600 milliards). «Mais la création finale de nouvelles liquidités n’est que de 600 milliards», a-t-il souligné.
Selon le FOMC, ce nouveau stimulus se justifie par un taux de chômage «élevé» (9,6%, ndlr) et par des mesures d’inflation sous-jacente qui restent «plutôt basses» par rapport aux niveaux qu’il estime adéquats, sur le long terme, avec son double mandat. «Bien que le Comité anticipe un retour graduel à niveaux plus élevés d’utilisation des ressources dans un contexte de stabilité des prix, les progrès vers ces objectifs ont été d’une lenteur décevante», poursuit-t-il.
Alors que le taux des Fed Funds est maintenu dans une fourchette de 0% à 0,25%, cette politique de taux zéro étant appelée à se prolonger, le QE2 vise à maintenir les taux longs nominaux aussi bas que possible et à stimuler les anticipations inflationnistes.
«Mais avoir une politique pro-inflation est pour le moins original de la part de la Fed. Seule la BoJ adopte une stratégie analogue, ce qui n’est pas forcément rassurant (…)», rappelait Natixis avant la publication du FOMC. Un autre effet de cette politique controversée – une pression baissière sur le dollar – s’est vérifié hier soir. En fin de soirée, l’euro cotait 1,4133 dollar, après avoir touché un plus haut de neuf mois (1,4194).
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