La Fed soutient le développement d’alternatives au Libor dollar

Elles seraient plus adaptées pour servir de référence au marché des dérivés. La définition du Libor et son calcul pourraient aussi être révisés
Solenn Poullennec

La banque centrale américaine veut aider les acteurs des marchés financiers à développer des alternatives au Libor dollar qui serviraient de référence pour les produits dérivés. «Nous sommes fortement impliqués pour qu’au moins l’un de ces taux soit développé et activement utilisé aussi rapidement que possible», a fait valoir le gouverneur de la Fed, Jerome Powell, la semaine dernière. Et d’expliquer que l’institution va consulter largement à ce sujet et réunir, d’ici à la fin de l’année, les poids lourds de l’industrie financière pour en discuter.

Le Libor, qui sert de référence à quelque 300.000 milliards de dollars de contrats financiers dans le monde, fait partie des taux qui ont été éclaboussés par la découverte de tentatives de manipulations. Depuis 2012, le scandale a contraint sept banques à verser quelque 3 milliards de dollars d’amende aux autorités américaines. Non seulement la réputation du Libor est aujourd’hui ternie, mais son utilisation n’est pas idéale pour les produits dérivés aux yeux de nombreux régulateurs. Calculé à partir des contributions de 18 banques, le taux reflète, entre autres, leur risque de crédit, ce qui n’a rien à voir avec beaucoup des contrats auxquels il sert de référence. Alors que le Conseil de stabilité financière (FSB) a appelé à réformer les taux d’ici à 2016, la Fed encourage l’industrie à développer un ou des taux alternatifs basés par exemple sur le marché des obligations d’Etat américaines ou sur celui des transactions sécurisées (repo) qui est de plus en plus prisé par les banques.

A plus court terme, la Fed travaille avec le régulateur britannique et l’administrateur privé du Libor (IBA) pour le mettre à jour. Le Libor dollar est censé refléter les coûts de financements non sécurisés des banques, mais il devient obsolète alors qu’une bonne part de ces financements se font aujourd’hui en dehors du marché interbancaire. La définition de l’indice pourrait donc être élargie.

Les régulateurs souhaitent aussi que le Libor soit davantage basé sur des transactions réelles. «Nous pourrions potentiellement passer du mode de calcul du Libor basé sur un panel, à un taux basé complètement sur des transactions», assure Jerome Powell. La Fed a commencé à recueillir des données sur les transactions non sécurisées en avril dernier pour évaluer la faisabilité de ces changements. Un exercice déjà mené par la BCE et l’administrateur de l’Euribor. Celui-ci espère lancer une alternative à la référence européenne dès l’année prochaine.

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