La Fed ravive les tensions internationales sur le marché des changes
Les pays émergents sont les victimes collatérales du QE3 de la Fed. En première ligne de la guerre des changes qui fait rage entre les pays du G20, le ministre des Finances brésilien a réitéré ses critiques concernant la politique ultra-accommodante de la Réserve fédérale américaine. «La Fed a lancé un troisième cycle d’assouplissement quantitatif, alors qu’il y a déjà un excès de liquidités en dollars et que les taux d’intérêt sont très bas», s’est-il insurgé, dénonçant «la manipulation des taux de change qui sape la concurrence saine et loyale». Et d’ajouter que «cela ne résoudra pas les problèmes des Etats-Unis, mais que cela provoquera de nombreux effets néfastes dans les pays émergents».
«Toutes les liquidités générées par la Fed vont affluer vers les économies étrangères» qui proposent des rendements attractifs, estime Komal Sri-Kumar, responsable de la stratégie chez TCW. Certes, l’indice dollar a chuté de seulement 1% depuis l’annonce du QE3 après un affaiblissement de la roupie de 12% et du real de 11% en un an, mais le dollar reste en baisse de 18% depuis juin 2010, mois durant lequel les premières rumeurs d’un QE3 ont émergé.
Craignant de voir leur devise s’envoler, certains pays ont pris les devants. La banque centrale brésilienne est intervenue en début de semaine sur le marché des changes par le biais des «reverse currency swaps». A l’instar du Pérou, après que le sol a atteint un plus haut de 15 ans à 2,5950, et de Taiwan qui a néanmoins décidé de laisser ses taux inchangés.
La Turquie a quant à elle opté pour le levier monétaire avec une baisse du haut de la fourchette de ses taux directeurs plus forte que prévu de 150 pb à 10% pour contrer l’envolée de 1,4% de la lire depuis le début du mois. Le yuan s’est une nouvelle fois apprécié hier pour atteindre un plus haut de cinq mois, à 6,2945 contre dollar. De quoi renforcer les anticipations d’un nouvel assouplissement de la Banque Populaire de Chine.
«Les marchés émergents vont être tentés de réduire leur taux d’intérêt… pour compenser l’appréciation de leur devise», estime Komal Sri-Kumar. Néanmoins, la différence entre le coût de financement moyen des émergents en devises locales et en dollar a progressé de 16 pb pour atteindre 587 pb, son plus haut niveau en quatre ans, selon JPMorgan. De quoi réduire d’autant l’impact d’éventuelles futures baisses des taux chez les émergents.
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