La banque centrale s’attend à maintenir le niveau actuel des taux jusqu'à fin 2014 au moins
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Antoine Duroyon
La Réserve fédérale. Photo: Brendan Smialowski/Bloomberg
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La Réserve fédérale se donne de la marge. L’institut d'émission présidé par Ben Bernanke ne s’attend pas à relever ses taux directeurs avant fin 2014, au plus tôt. Ainsi en a décidé hier son Comité de politique monétaire (FOMC), prolongeant de dix-huit mois la mise sous oxygène de l'économie américaine. Moins de deux heures après cette annonce, la banque centrale a négocié un virage historique en fixant un objectif chiffré d’inflation sur le long terme à 2%. Une démarche qui doit permettre à ses yeux de garder les anticipations en la matière «fermement ancrées».
Seul dissident au sein du FOMC, dont le ton particulièrement accommodant a surpris les économistes, le président de la Fed de Richmond, Jeffrey Lacker, se retrouve bien isolé. La publication des prévisions d'évolution des taux d’intérêt est venue confirmer cette impression. Sur les 17 membres du FOMC, cinq penchent pour un resserrement monétaire en 2014, quatre en 2015 et même deux en 2016.
Sur le long terme, autrement dit après la fin des mesures non conventionnelles, les responsables de la politique monétaire prévoient que les Fed funds se situent au-dessus de la barre des 4%, un niveau déjà intégré par le marché. Pour l’heure, l’annonce de la Fed représente un défi sur la durée pour les banques américaines. «La croissance du crédit sera le facteur le plus important pour aider les banques à compenser l’impact négatif des taux bas», souligne Richard Staite, analyste chez Atlantic Equities.
Deuxième levier de cette opération transparence, la publication d’un objectif chiffré d’inflation n'était pas assurée. Lors d’une conférence de presse post-FOMC, Ben Bernanke l’a justifiée par une volonté «de clarifier la direction de la politique», sans toutefois changer la manière de la conduire. «Une inflation sensiblement sous l’objectif fixé serait un signe de déflation, ce qui comporte des risques économiques», a poursuivi le président de la Fed, qui défendait une telle mesure depuis des années.
Pour apaiser les craintes, notamment des élus démocrates, il a martelé que le taux d’emploi maximal était «sur un pied d'égalité» avec la stabilité des prix. Le successeur d’Alan Greenspan est également revenu sur la décision de ne pas fixer d’objectif pour l’emploi. «Aucune banque centrale ne peut fixer d’objectif à long terme pour l’emploi», a-t-il souligné.
La situation du marché du travail reste hautement préoccupante même si de récents indicateurs ont suggéré une amélioration. Alors que le FOMC a fait état d’une croissance «modérée» depuis sa réunion de décembre et que la Fed a abaissé ses prévisions de croissance pour 2012 de 2,2 à 2,7%, contre 2,5 à 2,9% précédemment, Ben Bernanke s’est refusé à dire «à ce stade» que l'économie américaine était en meilleur état. Il a dans le même esprit laissé la porte ouverte à un QE3, un nouveau round d’assouplissement quantitatif.
«Nous devons réfléchir aux manières d’apporter de nouveaux soutiens s’il n’y a pas d’amélioration dans le rythme de reprise et de normalisation de l’inflation», a-t-il reconnu. L’option d’achats obligataires à plus grande échelle «est encore sur la table», a-t-il tenu à préciser, tout en se disant «plutôt satisfait» par le fait que les mesures actuelles, dont l’opération «twist», ont les effets désirés.
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