La Fed note une amélioration de la conjoncture mais des incertitudes persistent
Préparé par le bureau de Richmond sur la base de données recueillies avant le 4 avril, le dernier Livre beige de la Fed dépeint une économie américaine en voie d’amélioration. «Les comptes-rendus des douze districts de la Fed ont montré que l’activité économique a dans son ensemble continué de s’améliorer depuis le dernier rapport», résume la banque centrale. Le secteur manufacturier continue de tirer la reprise, «avec pratiquement chaque district citant des exemples d’amélioration soutenue, et faisant souvent état d’une hausse des recrutements».
Hormis les districts de Boston et de Richmond, tous les autres ont connu au moins de légers gains au niveau des dépenses de consommation, la région de New York faisant même état de ventes robustes. Selon les données publiées hier par le département du Commerce, les ventes au détail ont augmenté de 0,4% en mars par rapport à février. Une progression moins forte qu’attendu (0,5%), la hausse des prix de l’essence accaparant une part croissante des dépenses des consommateurs au détriment d’autres achats. Le Livre beige note à ce sujet que «les prix de l'énergie ont été cités le plus souvent [parmi la hausse des commodities], mais que les matières premières en général ont représenté une préoccupations grandissante pour les entreprises». «La capacité de transfert aux consommateurs via des hausses de prix a été diverse selon les régions», précise le document.
Bien que les perspectives à court terme soient le plus souvent optimistes, les incertitudes restent élevées dans de nombreuses régions. Les entreprises s’inquiètent notamment des troubles au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui pourraient conduire à une hausse supplémentaire des prix pétroliers, ainsi que des conséquences du séisme et de la crise nucléaire au Japon. Sept districts de la Fed ont ainsi fait état de perturbations locales dans les ventes ou la production liées à la tragédie japonaise. Les bémols soulignés dans ce rapport pourraient venir soutenir la position de Janet Yellen, vice-présidente de la Fed, et de William Dudley, président de la Fed de New York, qui estiment que la reprise de l'économie n’est pas assez vigoureuse pour justifier un retrait du stimulus monétaire.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse