La Fed lie son taux directeur au chômage et à l’inflation
Le Comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed a donné hier au marché ce qu’il attendait: un nouveau visage à sa politique d’assouplissement quantitatif, avec en prime un changement de perspective sur le maintien des taux à un niveau exceptionnellement bas. A un horizon temporel (au moins jusqu’à mi-2015), il préfère désormais des critères relatifs au taux de chômage et à l’inflation. Lors de sa conférence de presse, le président de la Fed, Ben Bernanke, a mis l’accent sur la lutte contre le chômage, évoquant un «immense gâchis».
Sur le front de l’assouplissement quantitatif, la Fed pallie la disparition programmée de l’opération Twist. Mais alors que cette dernière consistait à acheter 45 milliards de dollars d’obligations à long terme tout en vendant le même volume de titres à court terme, le nouvel élan du FOMC visera à effectuer des achats mensuels de 45 milliards de dollars de Treasuries en termes secs.
Avec un volume conséquent de titres courts dans son portefeuille, la banque centrale se concentrera sur la partie longue de la courbe. Avec la poursuite des achats de titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) au tempo de 40 milliards de dollars par mois, l’effort de la Fed s’établira donc à 85 milliards de dollars. Lors de sa conférence de presse, Ben Bernanke a toutefois estimé que la Fed ne fournissait pas un stimulus supplémentaire. «Ce n’est pas la taille du bilan de la Fed qui importe, mais dans quelle mesure la Fed force les investisseurs privés à ajuster leurs propres positions», a-t-il souligné.
Objectif de cette politique : limiter la hausse des taux d’intérêt, alors que les indicateurs d’activité restent mitigés sur le quatrième trimestre, souligne-t-on chez Aurel BGC, d’autant que «le risque inflationniste n’existe pas». La Fed a revu hier en légère baisse ses prévisions de croissance pour les deux prochaines années. En 2013, elle table sur une progression du PIB de 2,3% à 3%, contre une fourchette de 2,5% à 3% donnée en septembre. En 2014, la croissance devrait s’établir entre 3% et 3,5%, contre une prévision antérieure de 3% à 3,8%.
Pour ce qui est de la promesse d’un maintien des Fed funds à un niveau exceptionnellement bas, elle est dorénavant liée à l’évolution du taux de chômage et de l’inflation. Ce niveau «sera justifié au moins aussi longtemps que le taux de chômage restera au-dessus de 6,5%, que l’inflation à un horizon de un et deux ans ne sera pas supérieure de plus d’un demi-point de pourcentage à la cible à long terme de 2% fixée par le Comité, et que les anticipations d’inflation à long terme continueront d’être bien arrimées», souligne le communiqué du FOMC.
Mais comme les membres du FOMC prévoient un taux de chômage compris entre 6% et 6,6% en 2015 et une inflation entre 1,8% et 2%, «d’une certaine manière, rien n’a changé», relève Alexandra Estiot, économiste chez BNP Paribas. «Ils ont simplement décidé de mettre en valeur les conditions économiques au lieu d’une date». Avec un taux de chômage actuel de 7,7%, qui a reculé de 0,2 % le mois dernier, et un marché du logement qui pourrait favoriser la mobilité du travail dans l’année qui vient, «nous pouvons voir un scénario où le taux de chômage converge vers ce taux de 6,5% bien plus tôt que mi-2015», estime de son côté Rob Carnell, économiste chez ING.
Bien que ce mécanisme des seuils puisse être contradictoire, Ben Bernanke l’a estimé plus efficace «car il permettra aux marchés de s’ajuster automatiquement en fonction des nouvelles données économiques».
Plus d'articles du même thème
-
Carmignac recrute Frédéric Jeanmaire pour muscler sa gestion actions
Le gestionnaire indépendant renforce sa présence à Londres et prépare un nouveau fonds européen. -
La Banque d’Indonésie relève ses taux pour défendre la roupie et sa crédibilité
Cette décision inattendue est plutôt bien perçue, car elle renforce l’image volontariste de la banque centrale qui pourrait choisir de poursuivre cette politique restrictive. Toutefois, cette seule mesure peut s'avérer insuffisante pour stabiliser durablement la devise. -
Edmond de Rothschild AM accélère dans le quantitatif et prépare le lancement de ses ETF actifs
Edmond de Rothschild AM double la mise sur la gestion quantitative en lançant trois fonds et en renforçant son équipe dédiée. Cela doit servir de base pour commercialiser des ETF actifs avant la fin de l'année. -
La fintech Morpho lève 175 millions de dollars
Morpho, entreprise française spécialiste de la finance décentralisée, boucle sa plus grande levée de fonds. Elle souhaite devenir l'infrastructure technologique de référence aux yeux des institutionnels pour le crédit. -
L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
A quel point l’offre d’Intesa sur Monte dei Paschi (MPS) change-t-elle la donne pour Axa ? Dans un scénario où Intesa réussit à mettre la main sur la banque de Sienne, l’avenir de la coentreprise Axa MPS a du plomb dans l’aile et pourrait accélérer le repositionnement d’Axa en Italie. -
La course en oncologie nécessite de mettre le prix
Le laboratoire britannique GSK va acquérir la biopharmaceutique américaine Nuvalent pour près de 11 milliards de dollars. L’opération sera relutive dès l’an prochain sur le résultat opérationnel courant, mais seulement en 2029 sur le bénéfice par action.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- Derrière l’affaire Uzès Gestion, la délicate question de la direction de fait
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- L'allègement du reporting ESG divise à Bruxelles
- RockFi s'appuie sur BlackRock pour démocratiser la personnalisation du conseil
- Amundi compte une nouvelle administratrice indépendante
Contenu de nos partenaires
-
Terrain minéProgrammation militaire : le Sénat adopte un texte amputé de son volet financier
Les sénateurs ont approuvé une version du texte privée de son article phare, otage des divisions entre le gouvernement et la droite sénatoriale. Une commission mixte paritaire tranchera d’ici fin juin -
Croissance en berne : la Banque de France va revoir ses prévisions 2026 à la baisse
Ce mardi, le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a annoncé que la croissance prévue pour 2026 devrait être inférieure à 0,9 % -
Manuel de réussiteLa France a peu recours à l'externalisation des services publics
La France délègue moins au privé que les autres pays européens. En Europe, seules la Belgique et Chypre le font moins.