La Fed jongle habilement avec les mots
On attend toujours du jongleur qu’une balle lui échappe. A ce jeu pourtant, le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine et sa présidente Janet Yellen ont hier maîtrisé la situation, choisissant les mots pour assurer aux marchés que le cap était maintenu. En premier lieu, le FOMC a confirmé son engagement de maintenir une politique monétaire très accommodante pour une «durée considérable» une fois achevé le programme de rachat d’actifs obligataires, c’est-à-dire le mois prochain.
A l’issue d’une réunion de deux jours, le FOMC a en effet comme attendu entériné une nouvelle baisse de 10 milliards de dollars de ce programme, ramené à 15 milliards mensuels. Il s’agit de la 7e baisse consécutive d’un même montant. Dans le sillage du communiqué du FOMC et de la conférence de presse de Janet Yellen, le dollar a tout de même progressé jusqu’à son plus haut niveau depuis juillet 2013 face à l’euro et face à un panier de devises de référence. La Bourse de New York a terminé en modeste hausse une séance volatile.
Surtout, la Fed a choisi de ne pas modifier sa formulation utilisée depuis le mois de mars dernier quant à la période prolongée de taux directeurs faibles, en dépit d’indicateurs économiques rassurants. La banque centrale américaine se montre particulièrement attentive à l’évolution du marché du travail, qui, bien qu’en amélioration, laisse voir des capacités inemployées significatives, et le taux de chômage, à 6,1% le mois dernier, évolue modestement. «Il y a encore trop de personnes qui souhaitent un emploi sans pouvoir le trouver, qui travaillent à temps partiel mais préféreraient du temps complet, ou qui ne cherchent pas de travail mais le feraient si le marché du travail était plus vigoureux», a lancé Janet Yellen lors de sa conférence de presse, renforçant le sentiment que la Fed ne céderait pas à la précipitation pour relever ses taux.
Pour autant, face à un discours prudent, les chiffres ont parlé, en l’occurrence ceux des projections des membres du comité de politique monétaire quant à l’évolution de ces taux. Les chiffres publiés hier soir laissent entendre que le rythme de remontée pourrait être plus soutenu qu’anticipé jusqu’ici. Pour la fin 2015, la projection médiane donne en effet un taux des Fed funds de 1,375%, contre 1,125% en juin, et de 2,875% pour la fin 2016 contre 2,50% en juin. Pour 2017, pour la première fois évoquée, la projection médiane est à 3,75%. «J’aurais cru qu’il faudrait encore quelques années de plus pour remonter (à ce) niveau qu(e la Fed) perçoit comme neutre», a estimé Eric Lascelles chez RBC Global Asset Management. Janet Yellen a souhaité minimiser cette évolution des projections, évoquant «un mouvement haussier relativement modeste dans la trajectoire» tout à fait conforme à un scénario de «réduction baissière infime de la trajectoire du chômage et (de) modification haussière très modeste de la projection d’inflation». La présidente de la Fed a ajouté que les perceptions des membres du FOMC dépendaient des perspectives économiques.
Elle a également fait vœu de prudence en indiquant que «cela pourrait prendre jusqu'à la fin de la décennie» pour ramener le bilan de la Fed à un niveau compatible avec une politique monétaire revenue à la normale.
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