La Fed doit composer avec une croissance américaine insuffisante
Elections de mi-mandat aujourd’hui, réunion cruciale de la Réserve fédérale demain: les deux événements de la semaine aux Etats-Unis ont comme dénominateur commun la faiblesse de la reprise économique outre-Atlantique. Les chiffres du PIB au troisième trimestre, publiés vendredi, confirment que le rythme de croissance reste bien inférieur à celui des précédentes sorties de crise outre-Atlantique.
«Le panorama reste inchangé: la croissance n’est pas assez robuste pour faire baisser le taux de chômage (ndlr: de 9,6%) et ralentir la décélération de l’inflation sous-jacente», estime Julia Coronado, économiste chez BNP Paribas Americas. Au troisième trimestre, le taux de croissance annualisé a certes atteint 2%, comme l’attendait le consensus, porté par la consommation (+2,6%), mais l’effet reconstitution des stocks a apporté à lui seul 1,44 point de PIB. Surtout, le déflateur du PIB «core», indicateur très suivi par la Fed, voit sa croissance à nouveau ralentir, traduisant une aggravation des pressions désinflationnistes.
Ces chiffres ne remettront donc pas en cause le programme d’assouplissement quantitatif que la banque centrale américaine doit annoncer demain soir. Reste que l’efficacité de cette nouvelle injection de liquidités dans l’économie suscite toujours autant de débats.
«Les banques ont du cash qu’elles ne prêtent pas, les entreprises ont du cash qu’elles n’investissent pas, les ménages sont gorgés de dettes qu’ils essaient de réduire, et les sociétés qui ont accès au marché obligataire corporate peuvent déjà lever des fonds à des taux bas, souligne Marco Annunziata, chef économiste d’UniCredit. Le manque de liquidité n’est pas le problème». En revanche, l’afflux de ces mêmes liquidités sur les marchés peut avoir des effets néfastes pour l’économie et les ménages américains, en provoquant par exemple une hausse du prix des matières premières.
Certains économistes mettent aussi en avant des problèmes structurels aux Etats-Unis, que l’assouplissement monétaire ne résoudra pas. «L’atonie du marché du travail nous incite à nous interroger sur l’inadéquation des qualifications des demandeurs d’emploi et la mobilité de la main d’œuvre», écrivent Thomas Julien et Evariste Lefeuvre chez Natixis. Un problème également relevé par Narayana Kocherlakota, président de la Fed de Minneapolis, illustrant la vigueur du débat au sein même de la Réserve fédérale.
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