La Fed cherche le moyen de drainer ses liquidités sans heurts

Au-delà du calendrier de hausse des taux, les minutes de la banque centrale rappellent que la gestion du bilan de la Réserve fédérale est au cœur des débats.
Alexandre Garabedian

La focalisation des investisseurs sur la date de remontée des taux directeurs américains masque une autre question: la manière dont la Fed va s’y prendre pour retirer progressivement les liquidités injectées sur les marchés financiers. Si la banque centrale a cessé d’accroître son bilan avec son quantitative easing (QE), elle continue à réinvestir le montant des titres de son portefeuille (emprunts d’Etat et titrisations immobilières) qui arrivent à échéance.

Le sujet a été longuement débattu au sein du comité de politique monétaire (FOMC) des 17 et 18 mars derniers, comme en attestent les minutes publiées mercredi soir.

«La principale contrainte de la Réserve fédérale n’est pas de remonter les taux, mais de reprendre la liquidité sans le faire trop vite ou trop tardivement pour éviter de répéter les erreurs du passé. Par peur du bug de l’an 2000, elle avait injecté beaucoup de liquidités fin 1999. Elles avaient été reprises massivement en mars 2000, date qui coïncide avec l'éclatement de la bulle internet», rappelle Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

La Réserve fédérale teste depuis septembre 2013 une facilité de prêt-emprunt de titres dite reverse repo. Elle peut prêter les titres à son bilan contre du cash et drainer ainsi des liquidités. Ces opérations lui permettent de piloter le niveau effectif des taux sur le marché monétaire.

La Fed s’interroge cependant sur la taille optimale de cette facilité de reverse repo lorsqu’elle commencera à remonter ses taux. Elle prévoit de l’augmenter temporairement, mais craint d’être dépassée par son succès. Pour éviter un recours trop massif au reverse repo, certains membres de la Fed ont même suggéré que celle-ci cède directement ses titres sur le marché au lieu de les prêter.

«Mais en faisant cela, la Fed procéderait à un reverse QE et aurait un problème de communication vis-à-vis du marché», estime Jean-Louis Mourier. Selon les minutes, «plusieurs participants ont noté qu’il serait difficile de communiquer au public la raison de telles cessions, et, en particulier, qu’une telle annonce pourrait provoquer une réaction disproportionnée du marché, qui pourrait voir ces ventes comme le signal d’une politique monétaire plus restrictive qu’anticipé».

Loin d’être tranché, le débat devrait encore animer les prochaines réunions du FOMC.

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