La faiblesse des taux pèse sur le secteur financier allemand

Dans sa revue de stabilité financière, la Bundesbank estime que la solvabilité du secteur est menacée. Elle souligne aussi le risque hypothécaire.
Antoine Landrot

Dans son rapport de stabilité financière publié hier, la Bundesbank a révélé ses inquiétudes quant au système financier allemand face à la faiblesse des taux. L’institution de Francfort souligne notamment les «vulnérabilités structurelles» du système bancaire à l’égard du marché immobilier. «Dans les villes sujettes à une forte hausse des prix de l’immobilier, une proportion importante de crédits hypothécaires affiche un ratio loan-to-value supérieur à 100%», indique la Bundesbank. Un tiers est dans ce cas.

L’institution estime que les prix sont surévalués de 25% dans les sept grandes métropoles du pays. Ces estimations reposent sur l’étude de 116 banques dans 24 villes particulièrement touchés par cette inflation.

«Parce que ces crises sont souvent accompagnées d’un ralentissement macroéconomique, les pertes cumulées pourraient limiter sérieusement la capacité des banques à y faire face», précise-t-elle. Selon l’association des Pfandbriefbank (établissements émetteurs d’obligations foncières), les prix ont progressé de 5,2% au troisième trimestre sur un an, alors que l’économie allemande a stagné (+0,1%) au cours de la même période.

Alors que les taux d’intérêt sont durablement bas, les investisseurs sont poussés à rechercher du rendement dans certaines classes d’actifs, au risque de provoquer des bulles spéculatives. Cela ne concerne pas seulement l’immobilier. «Plusieurs signes montrent une chasse exagérée au rendement sur les marchés des obligations d’entreprises et du crédit syndiqué», souligne Claudia Buch, vice-présidente de la Bundesbank dans sa déclaration.

En outre, la faiblesse des taux pèse sur les revenus et la rentabilité des banques allemandes, qui «demeure structurellement faible», s’inquiète l’institution. En cas de persistance de la situation, «les prêts à rendement supérieur devraient être refinancés à des conditions moins bonnes, réduisant la marge d’intérêt. Pour aggraver les choses, les banques ne pourraient pas compenser cette tendance en baissant la rémunération des dépôts, qui flirtent déjà avec le 0% pour nombre d’entre elles», indique le rapport. Cette situation fragilise leur solvabilité.

Cette situation menace également le secteur de l’assurance, en particulier les assureurs-vie, qui doivent honorer leurs engagements de versements. La Bundesbank souligne qu’«ils font face à des exigences réglementaires de solvabilité croissantes, alors que leurs fonds propres sont restés stables».

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