La faible croissance européenne préoccupe les investisseurs institutionnels
Si le risque systémique s'éloigne, le risque macroéconomique triomphe», a résumé hier l'économiste Daniel Cohen pour décrire la situation de la zone euro lors d’une conférence du Forum GI, qui réunit les investisseurs institutionnels. La question de la croissance est au cœur des préoccupations des Etats et des investisseurs alors que tous les gouvernements de la zone euro se sont engagés dans des efforts importants en matière de rigueur budgétaire et de réduction de la dette, «afin de purger les excès des années précédentes», rappelle l'économiste. Or, quand le déficit est réduit d’un point de PIB, la croissance baisse aussi d’un point, estiment certains spécialistes. Par conséquent, la croissance française pourrait être réduite à 0,5% par an pendant cinq ans, ce qui risque de provoquer des tensions économiques et sociales, prévient Daniel Cohen.
Comme cette perspective n’est pas supportable pour les Etats européens, l’Europe acceptera probablement une certaine souplesse par rapport à ses exigences. Déjà, un compromis a été trouvé lundi soir avec l’Espagne (notre édition d’hier). Quelques semaines plus tôt, Mario Monti, le chef du gouvernement italien avait averti qu’il n’y aurait pas de nouveau plan d’austérité même si la récession durait. «Mario Monti est respecté, il est très important dans le jeu européen», a souligné Philippe Mills, directeur général de l’Agence France Trésor.
Surtout, des pays du Nord vont eux aussi se retrouver dans l’impossibilité de respecter leurs engagements budgétaires, en l’absence de croissance. Les Pays-Bas sont aux premières loges. En 2012, le PIB néerlandais devrait reculer de 0,9% d’après la Commission européenne. «Eux aussi vont demander une trajectoire supportable en termes de tendance structurelle, estime Philippe Mills. Le débat va changer de nature. Les pays ne seront pas touchés en fonction de leur vertu budgétaire initiale.»
L’allègement des contraintes ne suffira pas à relancer la croissance. «Le nerf de la guerre pour nos économies sera l'épargne, prédit Yves Perrier, directeur général d’Amundi. Il n’y a pas beaucoup d’investissement de cette épargne dans la partie productive». Les deux tiers sont en effet engagés dans l’immobilier en France. «Il faudra une réforme du marché immobilier pour que l'épargne se place autrement», recommande Philippe Mills.
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