La dette publique de l’Espagne monte en flèche
L’Espagne était entrée dans la crise avec l’un des plus faibles ratios de dette sur PIB, à 36,2%. Elle est en train de combler rapidement son «retard» sur le reste de la zone euro. Le déficit public espagnol devrait atteindre 79,8% du PIB fin 2012, selon les détails du budget que le gouvernement a présenté hier devant les parlementaires. Le pays devrait encore rester en dessous de la moyenne en zone euro, attendue à 90,4%.
Le budget prévoit une réduction de 3,2 points du déficit en un an à 5,3%, et un ajustement de 27,3 milliards d’euros. Un objectif jugé louable mais inaccessible selon la plupart des économistes. «Dans le contexte récessif actuel, avec des marges de manœuvre extrêmement réduites, la réussite de la consolidation budgétaire reste un défi de taille difficilement réalisable à nos yeux», estime Jesus Castillo, chez Natixis. Hier, Madrid a annoncé près de 39.000 chômeurs de plus en mars, à 4,75 millions.
Le Trésor ne devrait guère changer sa politique de financement. Il a maintenu hier sa prévision d’émissions brutes de 186,1 milliards d’euros en 2012, ce qui correspond à 37 milliards en net compte tenu des tombées. Un programme déjà exécuté à hauteur de 44% après un début d’année en trombe, soutenu par les effets bénéfiques des deux injections de fonds à 3 ans de la BCE.
Madrid table dans son budget sur un maintien des rendements obligataires à leur niveau moyen de février, soit 5,12% à 10 ans. Hier, ce même taux atteignait 5,4%. Le pays compte diminuer son recours aux bons du Trésor et émettre davantage à moyen-long terme. Reste que l’incapacité de l’Espagne à placer pour le moment des obligations à 15 ou 30 ans témoigne d’une normalisation incomplète des conditions de marché.
Les investisseurs attendent par ailleurs d’en savoir plus sur la création d’un véhicule commun de refinancement des régions espagnoles, avec garantie de l’Etat, que le gouvernement a promis pour l’été. Moody’s a jugé le projet d’un bon œil. «Une garantie de l’Etat permettrait de réduire les coûts de refinancement de 0,7-1 milliard d’euros selon Moody’s, compte tenu de besoins de refinancement de 35 milliards cette année», rappelait hier Tullett Prebon. Pour préparer la mise en œuvre de ce véhicule commun, Madrid a déjà supprimé la clause de «non bail out» de la loi de stabilité budgétaire.
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