La démocratisation de la gestion d’actifs passera par la technologie
La technologie de fait pas tout, mais elle est partout. Et le monde de la gestion d’actifs compte bien s’en servir pour accompagner une des mutations majeures qu’il vit depuis plusieurs années : la démocratisation croissante de certaines offres et produits. Lors de la conférence d’ouverture de l’AM Tech Day, un événement de place organisé par L’Agefi le 4 octobre au palais Brongniart, les intervenants étaient unanimes. La diffusion à grande échelle des actifs privés ou le développement de l’ESG (les stratégies prenant en compte les critères d’environnement, sociaux ou de gouvernance) ne pourra pas se faire sans solutions technologiques nouvelles.
Tous partagent le constat que l’engouement des particuliers pour ces thématiques s’accroît. Certains actifs privés peuvent ainsi être proposés dans des contrats d’assurance vie, alors que longtemps ils ont été destinés à une clientèle presque exclusivement institutionnelle, ou aux clients très fortunés. Si ce nouveau débouché est une chance pour les gestionnaires, cela engendre des problèmes jusqu’alors inconnus. « La technologie a été oubliée. Les gérants de private equity pouvaient gérer les souscriptions de quelques investisseurs, mais c’est très différent de faire souscrire des centaines de clients », constate Joseph Pinto, directeur de la distribution internationale de Natixis IM et CEO de Natixis IM international. « Il est aujourd’hui très complexe de mettre en relation le gestionnaire des fonds et l’investisseur particulier », abonde Marie Jacot Cardoen, présidente du directoire d’Edmond de Rothschild Asset Management. La technologie digitale se révèle donc très utile pour simplifier le processus opérationnel de souscription. « Aujourd’hui, nous sommes au début de la démocratisation de l’investissement. Le véritable saut de rentabilité pour les sociétés de gestion aura lieu si elles arrivent à aller chercher de nouveaux clients avec la technologie », assure Yoan Chazal, associé investment management services chez Deloitte.
Ces outils peuvent aussi être utiles pour gérer le suivi des produits, du reporting aux appels de fonds. La technologie ne fera cependant pas tout. Les intermédiaires resteront en première ligne pour expliquer à leurs clients le fonctionnement de produits parfois complexes. « Il ne faut pas confondre démocratisation et liquidité », explique Marie Jacot Cardoen. Les investisseurs particuliers devront assimiler le fait que si le private equity a présenté de bonnes performances ces dernières années, c’est notamment grâce à la prime d’illiquidité, c’est-à-dire le surplus de rendement que permet une immobilisation des fonds sur une grande période.
Données pléthoriques
Pour l’ESG, la problématique est différente. La thématique est aussi en phase de développement sur les particuliers, après avoir conquis les institutionnels. Le besoin de technologie se fait surtout sentir ici dans la gestion des données. « Le bouleversement provoqué par l’ESG est aussi fort aujourd’hui pour l’industrie financière que l’a été la réglementation de Bâle 2 pour les banques il y a une dizaine d’années », explique Guillaume Lesage, directeur général délégué d’Amundi. Les données, qui se comptent par millions, souvent parcellaires et très différentes dans leur nature, doivent être traitées puis, dans certains cas, restituées aux clients. « Il ne faut pas que l’investisseur final considère que ces données n’ont pas de valeur », explique Emmanuelle Mourey, présidente du directoire de La Banque Postale Asset Management. Car elles ont un coût.
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