«La crise impose une gestion prudente et vigilante de nos ratios»
L’Agefi : Comment qualifieriez-vous la performance du réseau des Caisses d’Epargne, avec un PNB en hausse de 3,4 % en 2007 ?
Julien Carmona : Ces chiffres peuvent faire apparaître un léger ralentissement de la croissance compte tenu du fait que le marché est devenu un peu plus difficile l’an dernier. Mais l’activité commerciale reste soutenue et 2007 a été une année vraiment record en termes de collecte nette avec une progression de 37 % pour les Caisses d’Epargne. C’est un indicateur majeur pour un groupe comme le nôtre, qui prouve sa capacité à attirer de l’épargne.
Cela correspond-il à une volonté de gonfler l’épargne de bilan dans un contexte de liquidité plus chère ?
Toutes les banques ont aujourd’hui le souhait de sécuriser leur financement, souhait qui correspond à une demande des clients pour des produits simples avec un taux garanti. Le ratio de prêts sur dépôts des Caisses d’Epargne atteint 108 % et nous voulons conserver ce niveau prudent. Le groupe a donc mis l’accent au second semestre sur tous les produits qui consolident son refinancement, et notamment l’épargne bilantielle. Nous avons aussi placé l’an dernier auprès de notre clientèle 1,7 milliard d’euros d’emprunts Ecureuil, des obligations de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne. Par ailleurs, la vente de parts sociales rapporte plus de 600 millions d’euros par an. Enfin, nous comptons diversifier nos émissions avec une part plus importante de titres en dollars.
Où en est votre projet de monter une structure qui émettrait des covered bonds ?
Nous finalisons la création de ce véhicule, GCE Covered Bonds, qui permettra de refinancer les prêts immobiliers des Caisses d’Epargne. L’objectif est de procéder à une émission inaugurale au cours du deuxième trimestre. Au total, notre programme de refinancement devrait porter sur 30 à 40 milliards d’euros. Il complétera la Compagnie de Financement Foncier, la filiale du Crédit Foncier qui a refinancé 23 milliards d’euros de prêts l’an dernier.
Les fonds propres du groupe ont beaucoup fait parler. Est-il assez capitalisé ?
Le ratio Tier one du groupe est de 8,7 % à fin 2007, un peu en dessous de notre cible de 9 %, mais il reste parfaitement stable malgré la crise. S’agissant de la CNCE, suivie par le régulateur, l’impact de 3,2 milliards d’euros sur les fonds propres Tier one, lié aux nouvelles normes Bâle II, devrait être couvert d’ici à fin mars par une augmentation de capital interne. Tous les conseils d’orientation et de surveillance (COS) des Caisses ont approuvé l’opération. Fin 2008-début 2009, Bâle II aura un impact favorable pour un groupe comme le nôtre. Nous espérons que la Commission bancaire validera d’ici à fin 2008 notre modèle de notation interne sur la partie banque de détail, ce qui permettra de libérer 2 milliards d’euros de capital supplémentaire.
Vous pourriez donc faire face à une nouvelle recapitalisation de CIFG ou à une révision en baisse de la valeur de Natixis ?
S’agissant de CIFG, même en cas de dégradation de la société par les agences de notation, nous ne jugeons pas nécessaire une recapitalisation à court terme. Au-delà, la question doit être abordée dans un contexte de restructuration globale des assureurs monoline. Nous sommes en contact avec les autorités américaines. Toutes les solutions sont à l’étude : scinder les activités de CIFG, faire participer un certain nombre de banques clientes… Sur le second point, nous avons procédé à des tests de dépréciation (impairment tests) sur toutes nos participations. Ils ont confirmé la valeur de nos goodwills à fin 2007.
Le groupe semble toujours prêt à des acquisitions puisqu’il était candidat au rachat des banques régionales de HSBC France…
Effectivement, mais la crise n’est pas terminée et nous impose une gestion prudente et vigilante de nos ratios. Cela étant, pour un actif stratégique dans notre cœur de métier comme l’est la banque de détail, le groupe trouvera les moyens de financer une offre.
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