La Chine tente le pari de la relance du crédit
La Chine a créé la surprise hier en annonçant une baisse de ses taux directeurs de 25 points de base, une première depuis 2008. La banque centrale a également donné plus de souplesse aux banques pour prêter et pour rémunérer les dépôts, un changement majeur. Si les investisseurs s’inquiètent depuis plusieurs mois déjà du ralentissement de l’économie du pays, ils s’attendaient plutôt à des mesures de relance de type budgétaire ou à une baisse du ratio des réserves obligatoires. Plusieurs analystes sont cependant sceptiques.
A partir de ce matin, et selon la volonté de la banque centrale chinoise (PBOC), le taux de prêt à un an chinois est donc de 6,31% (contre 6,56%) et le taux de dépôt à un an est de 3,25% (contre 3,50%). Par ailleurs, les banques vont pouvoir prêter jusqu'à 20% moins cher que le taux directeur (au lieu de 10% précédemment). Elles pourront aussi rémunérer les dépôts 10% au-dessus du taux de référence alors qu’elles ne disposaient d’aucune marge de manœuvre auparavant.
Cette annonce intervient avant la publication d’une batterie d’indicateurs économiques ce week-end (production industrielle, commerce extérieur, inflation...) qui pourraient décevoir. «Le mouvement [de baisse des taux] suggère que les dirigeants politiques chinois sont de plus en plus inquiets des risques de baisse de la croissance», soulignent les analystes de Barclays. La croissance du pays est ressortie à 8,1% sur un an au premier trimestre, un plus bas depuis le premier trimestre 2009. La Banque mondiale a révisé sa prévision de croissance pour 2012 de 8,4% à 8,2%.
Un temps évoquée, l’idée d’un plan de relance massif a été écartée. Pour encourager le crédit, la Banque centrale chinoise avait jusqu’ici abaissé le taux des réserves obligatoires en novembre, février et mai derniers de 150 points de base, à 20%. Mais la distribution de crédit est restée faible. La dernière baisse des taux remonte au lendemain de la chute de Lehman Brothers quand la Chine avait dévoilé un plan de 4.000 milliards de yuans (586 milliards de dollars) pour relancer son économie. A partir de la fin de 2010, la Banque centrale a remonté ses taux avant d’arrêter ce mouvement en juillet 2011.
Désormais, les analystes de Barclays attendent une baisse de 25 points de base des taux directeurs au troisième trimestre et de nouvelles baisses des taux des réserves obligatoires. «La baisse des taux d’intérêt ouvre généralement la voix à une politique monétaire encore plus accommodante», confirme Wei Yao, chez Société Générale CIB. Mais pour l’analyste, c’est la libéralisation du taux que peuvent offrir les établissements bancaires qui constitue la réforme la plus significative.
Ce pari n’est pas sans risques. «Cela devrait introduire plus de compétition entre les banques mais pourrait peser sur leurs marges, ce qui est risqué en plein retournement économique», estime Wei Yao. Pour Bei Xu, économiste chez Natixis, la baisse du taux de refinancement n’est pas idéale car ce dernier est déjà bas, et inférieur au rythme de croissance. «Le problème réel de la Chine n’est pas le coût du crédit mais la capacité du système bancaire à financer plus efficacement l’économie», ajoute-t-elle.
La baisse des taux et la libéralisation accrue des conditions d’octroi risquent de favoriser le financement de projets peu rentables. Un travers déjà observé lors du plan de relance de 2009-2010, qui a conduit les grandes banques à charger leurs bilans de créances douteuses.
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