La Chine prend la mesure du danger
Face à l’ampleur du désordre et à la montée des inquiétudes, la Chine est revenue aux mesures conventionnelles. La Banque centrale a abaissé hier ses taux d’intérêt, pour la cinquième fois depuis le mois de novembre 2014. Elle a également assoupli le taux de réserves obligatoires imposé aux principales banques du pays afin d’améliorer les conditions de liquidité. Espérés, ces gestes ont soulagé les marchés actions à travers le monde mais démontrent les difficultés auxquelles fait face l’économie chinoise.
Dans son communiqué publié hier, la Banque populaire de Chine ne s’en est d’ailleurs pas cachée. «L’économie chinoise est actuellement sous pression, avec un marché financier global extrêmement volatile», d’où la nécessité selon elle «d’employer des outils monétaires plus flexibles afin d’assurer un environnement monétaire et financier stable et de qualité».
Depuis l’effondrement de ses places boursières – l’indice de Shanghai a plongé de 42% en deux mois, les autorités chinoises s’étaient bornées à mettre en place des mesures alternatives, comme le gel de cotation d’une grande partie de la cote ou le rachat d’actions par des entreprises d’Etat. Mais, celles-ci se sont révélées insuffisantes pour restaurer la confiance.
En baissant les taux de prêt et de dépôt à un an chacun de 25 points de base (pb), respectivement à 4,6% et 1,75%, la Banque Populaire de Chine (BPC) compte redonner du souffle à l’économie. L’indice préliminaire Caixin/Markit des directeurs d’achat (PMI) pour le secteur manufacturier, qui s’est contracté en août à son rythme le plus marqué depuis six ans et demi à 47,1 points, a apporté la semaine dernière une preuve du ralentissement de l’économie. Pour donner encore plus de poids à la baisse des taux, la banque centrale a réduit de 50 pb, à 18%, le taux de réserves obligatoires imposé aux principales banques du pays. Selon Goldman Sachs, cette mesure équivaut à une injection de liquidités de 600 milliards de yuans (environ 88 milliards d’euros).
«La BPC fait ce qu’elle peut mais cela ne sera sans doute pas suffisant», estime Wei Yao, économiste à la Société Générale. Schroders rappelle que la baisse du taux des réserves obligatoires ne fait que restaurer la liquidité bancaire perdue ces derniers mois. Les précédentes baisses de ce taux, dont celles de la fin avril 2015, ne s’étaient pas traduites par une diminution du coût de financement, les banques ayant surtout profité de la mesure pour restaurer leurs marges, insiste Schroders. Goldman Sachs attend ainsi une baisse supplémentaire d’au moins 25 pb des taux d’intérêt et une nouvelle réduction de 100 pb du taux de réserves obligatoires des banques.
Pékin pourrait aussi user de l’arme monétaire pour soutenir ses entreprises exportatrices, même si le ministre chinois Li Keqiang a assuré hier qu’«actuellement, il n’y a aucun fondement à une poursuite de la dépréciation du yuan». Depuis l’instauration le 11 août du nouveau régime de change, la banque centrale est intervenue régulièrement sur le marché pour contenir à un peu moins de 5% la dévalorisation du yuan.
Mais selon Bloomberg, des agences de recherche économique publiques ont commencé à prendre en compte dans leurs prévisions un yuan à sept pour un dollar d’ici à la fin de l’année, soit une dépréciation supplémentaire de 8%, avant qu’il ne tombe à huit pour un dollar fin 2016.
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