La Chine instaure un nouveau régime de change
La Banque Populaire de Chine (PBOC) a souhaité marquer les esprits hier en dévaluant le taux de change du renminbi contre dollar (CNY) d’un niveau record de 1,86% pour le faire revenir à 6,2298, mais surtout en amorçant une nouvelle ère vers une politique de change plus flexible. S’il s’agit d’un ajustement isolé pour faire converger le CNY vers le taux de marché, l’autorité chinoise s’est également engagée à ouvrir davantage son marché des changes et à déterminer la fixation quotidienne du taux sur la base des cours des market makers et des cours de clôture.
Cette décision inattendue interrompt une période exceptionnelle de stabilité du taux de change face au dollar et intervient après l’annonce d’un élargissement de la bande de fluctuation du yuan d’ici à la fin de l’année. La Chine a neuf mois pour convaincre le FMI d’inclure le yuan dans son panier de DTS, aux côtés du dollar, de l’euro, du yen et de la livre sterling.
Pour répondre à l’une de ses exigences de faciliter la couverture de change des investisseurs, la PBOC a indiqué que le marché des changes chinois subira un lifting, avec une extension des horaires de cotation, ainsi que l’entrée d’institutions étrangères qualifiées avec pour objectif d’instaurer à terme un taux de change unique coté sur le marché domestique («onshore») et sur les marchés étrangers («offshore»).
Si le CNY n’a gagné que 3% contre dollar depuis le lancement du tapering de la Fed il y a deux ans et a même connu une période d’extrême stabilité depuis le mois de mars dernier, il s’est néanmoins apprécié de 18% contre euro et de 23% contre yen sur la période. Face aux autres devises de ses voisins asiatiques, l’appréciation du yuan va de 5% contre la roupie indienne à 25% contre la roupie indonésienne, et atteint même un niveau de 50% contre les devises des autres pays Bric en termes réels depuis dix ans. Dans ce contexte, «le renminbi a dévié de son cours de marché, largement et sur une longue durée, ce qui, dans une certaine mesure, a affaibli son statut de taux de change de référence et la crédibilité de la parité centrale», a ainsi expliqué la PBOC.
L’autorité ajoute néanmoins viser la stabilité du taux de change autour de son niveau d’équilibre. «Une dépréciation trop rapide du yuan ne ferait qu’accroître les sorties de capitaux», alerte Natixis. Depuis les 3.990 milliards de dollars atteints mi-2014, les réserves de changes ont fondu de 350 milliards. Si la dégradation du commerce extérieur en juillet a exacerbé l’inquiétude des investisseurs quant aux perspectives de croissance, «il est très peu probable qu’une dépréciation de 1,9% après la hausse du taux de change réel de 19% depuis mi-2014 améliore sensiblement la compétitivité de la Chine», estime Citigroup.
Les mesures de libéralisation des changes permettront néanmoins une évolution du taux de change reflétant davantage les fondamentaux économiques. Si les dollars australien et néo-zélandais, dont les économies sont très dépendantes de la conjoncture chinoise, reculaient de 1% hier contre le billet vert, les autres devises restaient à peu près stables. «La volatilité réalisée et implicite du CNH et CNY devraient être structurellement plus fortes que précédemment, et les risk reversals (différence entre prix des options d’achat et de vente en dehors de la monnaie indiquant les anticipations de marché) devraient rester biaisées par les options d’achats sur l’USD-CNY tant que les pressions à la baisse sur les devises émergentes resteront en place», estime ainsi SG CIB.
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