La Chine est tentée d’utiliser le yuan contre l’inflation

En laissant sa devise s’apprécier plus rapidement, Pékin pourrait contrebalancer la hausse des prix des matières premières importées
Olivier Sasportas, à Pékin

Annoncée à l’issue du 17e congrès du PC, la politique de rigueur monétaire n’a toujours pas réussi à ralentir l'économie chinoise. Fin janvier, les banques atteignaient déjà deux tiers de leur quota d’allocation de nouveaux crédits pour le premier trimestre. A ce jour, le principal effet tangible du resserrement du crédit n’est autre que la baisse des Bourses, -25 % pour Shanghai depuis novembre. Et pour assombrir le tableau, l’inflation un temps redoutée a fini par devenir la bête noire de tout le pays : l’indice des prix à la consommation (CPI) de janvier ressort à 7,1 %, le plus haut en 11 ans. Du perdant-perdant en somme pour le citoyen de base qui voit ses économies et son pouvoir d’achat diminuer.

Tandis que le baril de pétrole flirte à nouveau avec les 100 dollars, le coût des matières premières, carburants et énergie a encore augmenté de 8,9 % en janvier en Chine. La hausse mensuelle des prix à la production, la plus élevée en trois ans (6,1 %) reflète une tendance qui s’accentue. La répercussion de l’envolée des prix se retrouve dans toute la chaîne de production agricole, avec pour résultat une composante alimentaire du CPI qui progresse encore de 18,2 % en janvier.

Au vu de cette nouvelle donne, la récente accélération de la hausse du yuan pourrait être le signal d’un changement de stratégie de la part de Pékin. Elle atteint déjà 2,11 % contre le dollar en janvier, contre 6,9 % pour tout 2007. " Nous allons faire un pas de plus pour permettre au taux de change de jouer un rôle dans l’ajustement de la balance des paiements internationaux et dans la promotion d’une croissance économique équilibrée ", a d’ailleurs indiqué vendredi la Banque centrale de Chine. Une hausse significative de la monnaie chinoise équivaudrait à redéfinir la lutte contre la hausse des prix en s’attaquant à l’inflation importée. Une stratégie qui, cette fois, pourrait être payante.

En laissant sa devise s’apprécier rapidement, la Chine pourrait en effet contenir les effets négatifs des prix des matières premières - tirés vers le haut par une demande globale qu’elle entretient par ailleurs - même si elle risque de réduire la compétitivité de ses produits à l’export, dans le contexte d’une économie mondiale grevée par une probable récession aux Etats-Unis. Car pour la première fois en sept ans, la consommation tire la croissance chinoise. En 2007, celle-ci représentait 4,4 % de la croissance, loin devant les exportations à 2,7 %.

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème

ETF à la Une

Contenu de nos partenaires

A lire sur ...