La Chine considère les Etats-Unis comme une puissance du passé
Les temps changent. A la veille de son arrivée à Washington, le président chinois, Hu Jintao, a durci le ton contre l’hégémonie économique et financière américaine, en appelant à un rééquilibrage des relations économiques et diplomatiques entre les deux pays. Mais la critique la plus virulente s’est portée sur la question la plus sensible entre les deux puissances, la monnaie. Hu Jintao n’hésitant pas à qualifier l’organisation actuelle du système monétaire international de «produit du passé», dans une interview accordée au Wall Street Journal et au Washington Post.
Le dollar, produit du passé, le yuan, monnaie d’avenir. Le président chinois a en revanche tenu à rappeler que «la Chine a apporté une contribution importante à l'économie mondiale en termes de production et d'échanges totaux» et que le yuan «a joué un rôle dans le développement économique du monde». Mais d’ajouter que «le processus devant contribuer à faire du yuan une monnaie de réserve sera assez long».
La semaine dernière, la Chine n’a pas ménagé ses effets pour accréditer sa bonne volonté. La banque centrale chinoise a relevé le cours pivot de sa monnaie en deçà de 6,60 yuans pour un dollar, une première, franchissant ainsi une barre importante. Un jour plus tôt, Bank of China, détenue à 70% par l’Etat, a annoncé qu’elle autorisait désormais les entreprises et les particuliers à acheter et vendre la devise chinoise au travers des comptes détenus dans ses agences américaines. « Nous préparons le jour où notre monnaie deviendra pleinement convertible », a expliqué le directeur général de la branche new-yorkaise de la banque au Wall Street Journal. Si, pour l’économiste Michel Aglietta, conseiller scientifique au CEPII et professeur d’économie à Paris X, les conditions sont loin d’être réunies pour que le yuan devienne pleinement convertible, la Chine «ambitionne bien d’internationaliser le yuan sur tous les marchés du monde».
Alors que la croissance chinoise devrait dépasser 10% en 2010, la croissance américaine reste en-deçà de son niveau potentiel et pénalisée par la forte résilience du taux de chômage, au-delà de 9%. Une amélioration de la situation de l’emploi serait de nature à rétablir la confiance, poussant ainsi la Fed à durcir son discours dans les prochains mois, qui entrainerait une hausse du dollar et un apaisement des tensions avec la Chine.
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