La Catalogne poursuit son bras de fer avec Madrid malgré le vote écossais
La victoire du «non» à l’indépendance de l’Ecosse a fait sentir ses effets vendredi en Espagne, où le résultat du référendum a accaparé l’attention médiatique. Vue de Madrid, la défaite d’Alex Salmond, chef de file du «oui», ôte un argument aux partisans d’une indépendance de la Catalogne, première région du pays avec 18,8% du PIB. Une vision partagée par les marchés obligataires, où les rendements des emprunts d’Etat espagnols à 10 ans signaient la plus forte détente en zone euro, jusqu’à 10 points de base (à 2,17%) à l’annonce des résultats du vote.
La défaite des indépendantistes écossais n’a pas empêché le parlement catalan de voter vendredi après-midi à une écrasante majorité une loi – régionale – permettant l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne le 9 novembre. Deux questions seraient posées aux Catalans de plus de 16 ans vivant sur le territoire ou à l’étranger ainsi qu’aux résidents non-Catalans: voulez-vous que la Catalogne devienne un Etat, et que cet Etat soit indépendant? «Je vais signer le décret en vue de cette consultation en Catalogne», a affirmé vendredi Artur Mas, le président de la Generalitat.
Le bras de fer avec Madrid se poursuit donc. Car à la différence de l’Ecosse, l’organisation d’un référendum est jugée inconstitutionnelle par le gouvernement de Mariano Rajoy et le principal parti d’opposition, le PSOE. Les communautés autonomes espagnoles n’ont pas le droit d’organiser un référendum qui porterait atteinte à l’unité du pays, inscrite dans la Constitution. La Cour constitutionnelle du royaume devrait réaffirmer ce principe cette semaine. Juridiquement, le référendum n’aurait plus de base légale.
Plusieurs scénarios seraient alors possibles. Si Artur Mas finit par reculer, «les tensions internes entre les partis nationalistes pourraient conduire à une rupture et à des élections régionales anticipées», estime Jesus Castillo, économiste chez Natixis. Mais l’organisation d’un référendum illégal pourrait aussi fissurer la coalition au pouvoir, sans parler de la crise politique nationale que créerait une éventuelle victoire du «oui».
Pour éviter une telle issue, Mariano Rajoy pourrait transférer davantage de pouvoirs à la Catalogne, mais ces concessions déclencheraient aussitôt des demandes similaires de la part d’autres régions, comme le Pays basque.
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