La Bundesbank lâche du lest dans la lutte contre l’inflation
La crise de la dette ferait-elle même plier la très orthodoxe banque centrale allemande? «Nous n’avons nullement changé de position, mais à moyen et court terme l’Allemagne ne pourra faire autrement que de vivre avec un taux d’inflation supérieur à l’objectif officiel de 2%», explique un haut responsable de la Bundesbank.
Dans une audition de la commission des Finances du Parlement allemand, hier à Berlin, le chef-économiste de la Bundesbank, Jens Ulbrich, cité par le Financial Times, a expliqué que pour soutenir ses voisins membres de la zone euro l’Allemagne devra tolérer pendant un certain temps un taux d’inflation supérieur à 2%. Et de préciser que «l’Allemagne a profité d’un taux d’inflation inférieur à 2% au cours des deux premières années de l’union monétaire. Elle n’aura donc aucun mal à vivre avec une hausse des prix légèrement supérieure à celle des autres pays membres de l’Union.»
Selon la Bundesbank, l’accélération de la hausse des prix, qui renchérirait les produits allemands et améliorerait donc la compétitivité des pays connaissant des inflations plus modestes, ne nécessitera pas automatiquement une hausse des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne.
Alors que certains économistes, comme Carsten Brzeski de la banque néerlandaise ING, parlent déjà d’un «assouplissement majeur» de l’attitude de la Bundesbank, les responsables de la banque centrale tentaient hier de calmer les esprits. Un proche du président de la Bundesbank, Jens Weidmann, expliquait qu’il s’agit tout au plus de tolérer une hausse des prix de 2,5 à 2,6%. Il a rappelé par ailleurs que l’objectif inflationniste de la BCE de 2% est une moyenne s’appliquant à l’ensemble de la zone euro, mais qu’il peut y avoir des divergences d’un pays à l’autre comme c’est déjà le cas. Pour l’instant, l’inflation allemande atteint les 2,2%, contre 2,6% en moyenne en zone euro.
L’attitude de la Bundesbank, connue pour son intransigeance, implique qu’elle accepte un certain temps le maintien du taux directeur à 1%, pourtant considéré comme trop bas pour la situation en Allemagne où l’économie se porte bien et où la hausse récente des salaires a atteint 4% à 6% selon les secteurs. La BCE ne devrait donc pas refaire les mêmes erreurs qu’en 2008 et en 2011 où elle a relevé ses taux directeurs pour combattre les dangers inflationnistes dans la seule Allemagne.
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